Dans le canton de Genève, les tensions sur le marché du logement ne cessent de se renforcer. L’évolution rapide des loyers, la faible accessibilité à la propriété et le manque d’espaces constructibles structurent une crise profonde qui touche l’ensemble des ménages, en particulier les plus modestes.
La problématique dépasse la seule question du prix, car elle interroge aussi la capacité des autorités à planifier l’aménagement urbain, à réguler les pratiques locatives et à répondre aux besoins de logement de long terme.
Une flambée des loyers alimentée par un manque de régulation
À Genève, entre 2009 et 2023, les loyers nouvellement proposés ont augmenté de 33,4 %, selon les chiffres relayés par la RTS. Ce phénomène est attribué à l’insuffisance des outils de régulation dans les phases de changement de locataire.
Caroline Renold, juriste à l’Asloca Genève, souligne que le droit du bail actuel ne suffit plus à freiner les hausses excessives de loyer. Elle appelle à un renforcement des mécanismes de contrôle, en particulier dans les zones déjà sous tension.
Cette dynamique est visible dans les quartiers populaires. Aux Eaux-Vives, un appartement de trois pièces coûtait environ 800 francs en 2014. En 2023, le même bien se louait à 1400 francs. Les écarts sont encore plus marqués dans d’autres secteurs du canton. Ces évolutions ne sont pas simplement le reflet de la demande : elles traduisent aussi un déséquilibre structurel entre l’offre et les besoins réels de la population.
Une pénurie structurelle annoncée pour 2030
La Chambre genevoise immobilière alerte sur une pénurie de logements sans précédent attendue d’ici 2030. Son secrétaire général, Christophe Aumenier, estime que les loyers élevés ne sont que le symptôme visible d’un problème bien plus profond : l’incapacité du marché à produire suffisamment de logements. Il plaide pour une densification urbaine ciblée, avec des constructions en hauteur et une révision des périmètres constructibles.
Le développement urbain reste toutefois contraint par des choix politiques. Le conseiller d’État Antonio Hodgers, en charge de l’aménagement et du logement, s’oppose à une extension incontrôlée vers les zones agricoles.
Il défend une utilisation rationnelle du sol, dénonçant « l’étalement urbain » comme une aberration, tant sur le plan social qu’environnemental, selon ses propos relayés par le média helvétique. Ce positionnement limite les marges de manœuvre immédiates pour accroître l’offre.
Accès à la propriété : un luxe de plus en plus inaccessible
La difficulté ne se limite pas à la location. Devenir propriétaire reste hors de portée pour la majorité des ménages suisses, en particulier à Genève. Une maison de 170 mètres carrés construite dans les années 1990, sur un terrain de 500 mètres carrés, se vend plus de 2,25 millions de francs dans le canton, contre moins d’un million dans le Jura. Ce différentiel témoigne de la pression foncière locale, exacerbée par une demande constante et un espace constructible réduit.
Avec seulement 36 % de propriétaires en Suisse, le pays affiche le taux de propriété le plus bas d’Europe. Même si la Banque nationale suisse a abaissé son taux directeur à 0,25 % en mars dernier, le niveau le plus bas en trois ans, l’effet reste limité face à des prix immobiliers aussi élevés. Dans un tel contexte, les ménages sans héritage ou apport personnel conséquent restent durablement exclus de l’accession à la propriété.








