La croissance du patrimoine suisse dissimule un risque immobilier croissant

En 2024, le patrimoine des Suisses a progressé de 3,8%, surtout grâce à l’immobilier, suscitant des inquiétudes à la BNS sur la stabilité financière.

Publié le
Lecture : 2 min
Immeuble à appartements
La croissance du patrimoine suisse dissimule un risque immobilier croissant - © Canva

Les dernières données publiées par la Banque nationale suisse révèlent une augmentation de 3,8 % du patrimoine des Suisses en 2024, un chiffre impressionnant qui traduit une solide performance des placements financiers et de l’immobilier.

Le secteur immobilier a joué un rôle prépondérant dans cette hausse, représentant désormais près de la moitié du patrimoine total, soit un montant de 2770 milliards de francs. Cette part a progressé de 3,1 % par rapport à l’année précédente.

Bien que la croissance des prix immobiliers ait ralenti par rapport aux années passées, notamment en raison du ralentissement général du marché, l’immobilier demeure une source majeure de richesse pour les Suisses. Toutefois, cette évolution alerte la BNS, qui suit de près l’impact potentiel de cette dynamique sur la stabilité économique du pays, comme l’indiquent les derniers rapports publiés par l’institution, rapporte RTS.

Une inquiétude grandissante autour des hypothèques

Le patrimoine immobilier en hausse s’accompagne également d’une augmentation du volume des hypothèques, qui ont crû de 2,1 % en 2024. Les hypothèques représentent une large part des dettes des ménages suisses, ce qui rend la situation particulièrement délicate.

Bien que la valeur des biens dépasse actuellement le montant des emprunts, un retournement brusque du marché immobilier, par exemple en raison d’une remontée des taux d’intérêt, pourrait rapidement entraîner une instabilité.

Cédric Tille, professeur d’économie à l’Institut des hautes études internationales et du développement à Genève, souligne qu’un tel retournement pourrait avoir des conséquences graves pour la stabilité financière du pays, rappelant que des crises passées, comme celle des subprimes ou celle de la fin des années 1980 en Suisse, ont souvent été liées au secteur hypothécaire.

Il indique que même une proportion relativement faible de ménages en difficulté pourrait déstabiliser le marché immobilier et entraîner un ralentissement économique majeur.

Les risques d’une crise hypothécaire

La Banque nationale suisse adopte une posture de prudence face à cette évolution du marché immobilier. Les autorités suisses redoutent que même un petit nombre de débiteurs en difficulté puisse provoquer une déstabilisation économique.

Cédric Tille avertit que, bien que cela puisse concerner une minorité de ménages, les montants en jeu sont considérables et pourraient rapidement se transformer en un problème économique de grande ampleur.

La BNS, consciente de ce risque, surveille attentivement l’évolution des prix immobiliers et des hypothèques. Elle craint qu’une remontée des taux d’intérêt, combinée à une pression sur le marché immobilier, ne déclenche une crise similaire à celles qui ont déjà frappé la Suisse dans le passé. Ce phénomène pourrait affecter non seulement l’immobilier, mais aussi l’économie dans son ensemble, comme l’explique le spécialiste Cédric Tille.

La prudence de la BNS face aux risques économiques

Dans ce contexte, la Banque nationale suisse est particulièrement vigilante vis-à-vis de la forte proportion de l’immobilier dans le patrimoine des ménages suisses. Bien que la croissance des prix immobiliers ait ralenti en 2024, la BNS estime que le secteur reste une source potentielle de vulnérabilité pour l’économie.

Cédric Tille rappelle que, bien que le ralentissement des prix ait des effets positifs à court terme, l’ampleur des dettes hypothécaires pourrait poser un problème à plus long terme si la situation venait à se détériorer.

La prudence adoptée par la BNS est donc jugée légitime, car la crise qui pourrait découler d’une instabilité du marché immobilier serait difficile à résoudre et pourrait peser sur l’économie suisse pendant de nombreuses années.

Laisser un commentaire

Share to...