Le 23 avril, une délégation d’élite a pris la direction de la capitale américaine. À la tête de ce groupe, la présidente de la Confédération, Karin Keller-Sutter, et le vice-président Guy Parmelin, accompagnés de plusieurs hauts responsables du gouvernement suisse, dont le secrétaire d’État à l’économie Gabriel Lüchinger et la secrétaire d’État aux questions financières internationales Daniela Stoffel.
Cette mission diplomatique intervient après que Donald Trump ait annoncé son intention de taxer les produits suisses à hauteur de 31 %, une mesure suspendue pour 90 jours le 3 avril. Le gouvernement helvétique cherche maintenant à éviter que cette suspension ne devienne permanente et à éviter une escalade des tensions économiques entre les deux nations.
L’enjeu est majeur. Ces droits de douane frappent de manière disproportionnée certains secteurs-clés de l’économie suisse, en particulier l’industrie pharmaceutique, qui constitue l’un des principaux secteurs d’exportation vers les États-Unis.
La Suisse veut donc convaincre Washington qu’elle est un partenaire économique incontournable et que ces taxes nuiraient à la fois à la Suisse, mais aussi aux intérêts américains, indique Watson.
Quatre atouts pour influencer la décision de Trump
Le gouvernement suisse arrive à Washington avec plusieurs arguments pour convaincre les autorités américaines d’abandonner leur projet de droits de douane. Quatre atouts majeurs ont été avancés, selon des informations relayées par des sources proches du dossier et rapportées par la Neue Zürcher Zeitung am Sonntag.
Le premier argument est économique : des investissements suisses massifs aux États-Unis. En particulier, des entreprises comme Roche et Novartis s’apprêtent à investir plusieurs milliards de francs dans le pays.
Roche prévoit un investissement de 50 milliards de francs sur les quatre prochaines années, tandis que Novartis prévoit 23 milliards. Ces chiffres montrent que la Suisse représente un partenaire financier clé pour l’économie américaine.
Le deuxième atout est les concessions possibles sur certains droits de douane agricoles. La Suisse a proposé de discuter des produits agricoles en échange de la levée des taxes. En effet, certains secteurs agricoles suisses pourraient bénéficier d’un allégement des barrières commerciales avec les États-Unis, ce qui favoriserait un climat commercial plus ouvert et équilibré entre les deux pays, explique le média helvétique.
Le troisième argument est la suppression des obstacles techniques au commerce, notamment pour les produits médicaux. La Suisse souhaite faciliter l’accès de ses produits pharmaceutiques au marché américain, secteur dans lequel elle excelle, en levant des barrières administratives et techniques.
Cela pourrait convaincre les États-Unis de revoir leur position sur les droits de douane, en montrant que la Suisse ne représente pas seulement un marché mais aussi un partenaire stratégique pour le secteur de la santé.
Le dernier atout concerne l’apport suisse à la formation de spécialistes en réindustrialisation aux États-Unis, dans un contexte où le gouvernement américain cherche à renforcer ses capacités industrielles. La Suisse, avec son expertise en matière de formation technique et de développement de compétences, pourrait jouer un rôle essentiel dans cette stratégie de réindustrialisation.
Un rôle clé pour les relations économiques
La rencontre de Karin Keller-Sutter et Guy Parmelin avec des membres influents de l’administration Trump, notamment le ministre des Finances Scott Bessent et le représentant au Commerce Jamieson Greer, sera décisive. Le rôle de ces négociateurs, comme le rapporte la BBC, semble crucial pour peser sur la décision de Trump.
Bessent a, par exemple, influencé la décision de suspendre les droits de douane en avril, ce qui montre l’importance des discussions diplomatiques menées à ce niveau. La Suisse, en jouant sur des leviers économiques forts, espère éviter une rupture qui pourrait affecter durablement les relations commerciales entre les deux pays.








