De plus en plus de jeunes Suisses de moins de 25 ans perçoivent une rente d’invalidité. En cause, une dégradation marquée de la santé mentale, aggravée par des crises récentes comme la pandémie ou les tensions internationales.
Ce phénomène alarme autant les milieux médicaux que les responsables de l’assurance-invalidité. Derrière les chiffres, c’est tout un pan de la jeunesse qui semble se retrouver en rupture avec le monde du travail dès l’entrée dans la vie adulte.
Une hausse rapide des rentes AI chez les moins de 25 ans
Le canton de Zurich a signalé que le nombre de jeunes de moins de 25 ans bénéficiant d’une rente AI a presque doublé en dix ans. Cette augmentation s’est accélérée depuis deux ans, selon la RTS, et reflète une tendance nationale. La Conférence des offices AI confirme que d’autres cantons observent la même dynamique.
Le président de la Conférence, Martin Schilt, alerte : « Lorsqu’un jeune reçoit une rente AI, ses chances de s’intégrer ensuite professionnellement sont quasi nulles ». Cette déclaration révèle l’inquiétude croissante face à un système qui, bien qu’indispensable, semble créer des situations d’impasse dès le début de la vie active.
Les chiffres globaux pour la Suisse seront disponibles en mai, mais l’Office fédéral des assurances sociales a déjà évoqué un déséquilibre budgétaire croissant. L’AI est endettée auprès de l’AVS à hauteur de 10 milliards de francs, une pression financière qui pourrait s’intensifier si les tendances actuelles se poursuivent, comme l’indique 20 minutes.
Santé mentale fragilisée : la première cause de demande de rente AI
L’élément déclencheur principal de cette hausse réside dans la santé mentale des jeunes. Depuis 2000, le nombre de jeunes souffrant de troubles psychiques a triplé. En 2022, les maladies mentales représentaient la première cause d’hospitalisation pour les 10-24 ans. Les filles et jeunes femmes sont particulièrement touchées.
Une enquête de l’Office fédéral de la statistique rapportée par le média helvétique montre que la proportion de 15-24 ans souffrant de détresse psychologique moyenne ou élevée est passée de 15 à 22 % depuis 2017.
Parmi elles, 9 % des jeunes femmes présentent une détresse élevée, et 20 % une détresse moyenne. Pro Juventute a également tiré la sonnette d’alarme sur la hausse des cas urgents liés au suicide.
Les facteurs évoqués par les experts sont multiples : pression scolaire et professionnelle, incertitudes géopolitiques liées à la guerre en Ukraine, et séquelles émotionnelles laissées par la pandémie. Le cumul de ces éléments semble fragiliser durablement une partie de la jeunesse.
Des solutions encore marginales et une prise en charge discontinue
Actuellement, une fois la rente attribuée, l’AI ne propose plus d’accompagnement structuré. Martin Schilt souligne que la rente est accordée pour une durée indéterminée, ce qui induit l’idée que les bénéficiaires ne peuvent plus travailler. Cela renforce le sentiment d’exclusion et limite les perspectives d’évolution.
Dans le canton de Zurich, des efforts sont amorcés pour sensibiliser les familles à d’autres solutions, comme le coaching ou l’orientation professionnelle.
Ces démarches visent à éviter que la demande de rente soit perçue comme une fatalité. La source indique que l’AI cherche aussi à mieux orienter les jeunes hospitalisés vers des dispositifs professionnels adaptés.








