Carburants : vers le litre d’essence à 1 franc 50 en Suisse

En Suisse, les prix des carburants reculent, ramenant l’essence à des niveaux jamais vus depuis plus de dix ans. Certaines stations affichent déjà des tarifs proches de 1 franc 50.

Publié le
Lecture : 3 min
Essence
Carburants : vers le litre d'essence à 1 franc 50 en Suisse - © Canva

La moyenne nationale pour le sans plomb 95 s’élève à 1 franc 73 le litre, et à 1 franc 84 pour le diesel, selon le Touring Club Suisse. Cette dynamique reflète une tendance amorcée discrètement depuis un an, portée par la baisse continue des cours du pétrole à l’échelle mondiale.

Les prix à la pompe ont glissé en douze mois de 1 franc 90 à 1 franc 70, amorçant un mouvement qui pourrait encore s’amplifier. En bordure du Jura ou dans la région de Bienne, plusieurs stations affichent déjà des prix sous 1 franc 60.

Ce recul s’inscrit dans un retour aux niveaux d’avant 2022, lorsque le marché pétrolier avait été bouleversé par l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Une décrue lente mais constante des prix

La baisse actuelle ne résulte pas d’un effondrement brutal mais d’une diminution progressive, presque imperceptible. Centime après centime, les compteurs ont reculé, franchissant différents seuils symboliques au fil des mois.

À la fin de l’été dernier, le litre est passé en dessous des 1 franc 80 dans de nombreuses stations, se rapprochant des niveaux de fin 2021. Un gérant de station lausannoise constate que les prix se stabilisent à des niveaux considérés comme « plus normaux » dans l’esprit des consommateurs, autour de 1 franc 75 à 1 franc 85.

Aujourd’hui, le Touring Club Suisse établit la moyenne nationale à 1 franc 73 pour le sans plomb 95. Certaines stations, plus compétitives, s’approchent de 1 franc 60, voire en dessous.

À Soleure, la station Jubin affiche 1 franc 52 depuis mardi. Cette tendance pourrait bientôt faire franchir le seuil psychologique de 1 franc 50, un niveau qui n’a plus été atteint depuis la période 2015–2018. Cette phase de recul s’expliquait alors par la baisse mondiale du cours du pétrole et la forte appréciation du franc suisse après l’abandon du taux plancher.

Une dynamique influencée par la stratégie américaine

Cette baisse prolongée s’inscrit dans un contexte géopolitique global, marqué par les efforts de l’administration Trump pour faire reculer le prix du pétrole. Dans un objectif de réduction des effets de la guerre commerciale et des surtaxes douanières sur les ménages américains, la stratégie a visé à tirer les prix de l’énergie vers le bas. Résultat : la valeur du baril de pétrole a chuté de près de 30 % depuis l’entrée en fonction de Donald Trump.

La baisse des prix de l’essence en Suisse pourrait être un effet collatéral de cette orientation, selon La Tribune de Genève. Les stations suisses suivent cette trajectoire avec un certain décalage, les tarifs s’alignant sur les niveaux d’avant-crise.

L’éventualité d’un retour à 1 franc 50 le litre, autrefois considéré comme un sommet, redevient plausible. Ce tarif était courant avant 2005, époque où il représentait un plafond infranchissable.

Une tendance qui pourrait ralentir la transition énergétique

La baisse du prix de l’essence pourrait avoir un effet de report sur l’adoption de véhicules électriques. En 2023, les volumes d’essence achetés en Suisse n’ont baissé que de 1 %, selon les données publiées par Avenergy. Cette stabilité relative pourrait encourager certains automobilistes à temporiser leur passage à un modèle plus propre.

Le diesel suit la même tendance, avec une baisse encore plus marquée mais plus discrète. Le tarif moyen du TCS s’élève à 1 franc 84, mais certaines stations du Jura vaudois, de la Broye ou du Seeland le proposent déjà à moins de 1 franc 70.

Ce recul intervient après un pic historique à plus de 2 francs 30 atteint à l’été 2022, lorsque la guerre en Ukraine et la forte dépendance aux raffineries russes avaient fait grimper les prix. Aujourd’hui, bien que les niveaux soient revenus à ceux de fin 2021, ils restent élevés au regard des trente dernières années.

Les transporteurs routiers suisses, malgré cette baisse, expriment leur mécontentement, notamment face aux tarifs observés en France. À Gaillard, sur le parking d’un supermarché, le litre de gazole est affiché à 1,51 euro, soit, une fois converti, moins de 1 franc 50. Un tarif qui alimente la comparaison et accentue le sentiment d’écart persistant avec les voisins.

Laisser un commentaire

Share to...