Retraite anticipée : pourquoi les plus modestes sont les grands oubliés

Mal ciblée, mal connue, la retraite anticipée pour carrière longue échappe aux travailleurs modestes, selon un rapport sévère de la Cour des comptes.

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Retraite anticipée
Retraite anticipée : pourquoi les plus modestes en sont les grands oubliés. Crédit : Canva | Econostrum.info

Conçu pour corriger des inégalités, le dispositif de départ en retraite anticipée pour carrière longue ne bénéficie pas à ceux qui en ont le plus besoin. Un paradoxe que la Cour des comptes met en lumière dans un rapport sévère remis à l’exécutif.

Créé en 2003, le dispositif de retraite anticipée pour carrière longue permet à certains travailleurs de partir jusqu’à deux ans avant l’âge légal, à condition d’avoir commencé à travailler jeune et cumulé un nombre suffisant de trimestres. Pensé pour corriger les inégalités sociales et soutenir les carrières pénibles, ce mécanisme devait logiquement profiter aux ouvriers, apprentis, employés peu qualifiés, dont les parcours professionnels sont marqués par une entrée précoce dans la vie active.

Mais la réalité va à contre-courant de cette ambition. Dans son rapport publié en avril, la Cour des comptes souligne un déséquilibre frappant dans l’accès au dispositif. Entre les départs réels et les profils censés en bénéficier, l’écart est flagrant : seuls 13 % des départs anticipés concernent les assurés les plus modestes, situés entre le 1er et le 4e décile des pensions. À l’inverse, les classes moyennes supérieures, entre le 5e et le 8e décile, en tirent largement profit.

Carrières hachées, droits inaccessibles

Comment expliquer un tel écart ? D’après Carine Camby, présidente de la première chambre de la Cour des comptes, la principale raison est la fragilité des parcours professionnels. Chômage, arrêts maladie, temps partiels ou emplois précaires sont autant d’éléments qui empêchent la validation continue des trimestres. Résultat : ceux qui ont commencé tôt ne réunissent pas toujours les conditions nécessaires pour un départ anticipé à taux plein.

Autrement dit, les travailleurs pour lesquels ce dispositif avait été conçu sont structurellement exclus. Le paradoxe est tel que, selon les données analysées depuis 1906, les retraités les plus pauvres partent en moyenne plus tard que ceux bénéficiant des pensions les plus élevées.

Une réforme de la retraite anticipée à revoir ?

À cette exclusion s’ajoute un problème massif de non-recours. Beaucoup d’assurés ignorent qu’ils pourraient bénéficier d’un départ anticipé. Selon Angélique Perroux, présidente de Qualiretraite, les caisses de retraite communiquent peu, et les services publics comme France Travail n’informent pas suffisamment les futurs retraités sur leurs droits. Résultat : certains prennent des décisions qui compromettent leur éligibilité, simplement par manque d’information. Un salarié en fin de carrière peut,

par exemple, refuser un emploi à temps partiel en pensant préserver sa situation, alors qu’il perd sans le savoir l’opportunité de valider les derniers trimestres manquants. Alors que le système devait corriger des inégalités, il semble aujourd’hui les amplifier. Le non-recours, le déséquilibre social, et la complexité des critères fragilisent un dispositif pourtant pensé pour protéger les carrières longues. La Cour des comptes plaide pour une meilleure identification des publics concernés et une simplification des règles d’accès, afin de rendre ce droit réellement accessible à ceux qui en ont le plus besoin.

 

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