Les avions chinois fuient Roissy, des emplois perdus : l’effet inattendu de la taxe de 2 euros sur les petits colis

La taxe de 2 € sur les petits colis importés hors UE devait freiner le e‑commerce chinois, mais ses effets sont déjà contournés.

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Taxe sur les petits colis
Les avions chinois fuient Roissy, des emplois perdus : l’effet inattendu de la taxe de 2 euros sur les petits colis - Crédit : Shutterstock | Econostrum.info

Depuis le 1ᵉʳ mars , une nouvelle taxe de 2 euros par article s’applique aux colis importés depuis un pays hors de l’Union européenne. Cette mesure, inscrite dans la loi de finances pour 2026, avait pour objectif annoncé de décourager les achats trop nombreux notamment sur les plateformes chinoises comme Shein, Temu ou AliExpress, très populaires auprès des consommateurs pour leurs prix très bas.

Concrètement, la taxe ne s’applique pas par colis mais par catégorie de produits à l’intérieur de celui-ci. Autrement dit, si un même carton contient deux articles différents (par exemple une casquette et un tee‑shirt), la taxe est de 4 euros (2 euros par catégorie).

Sur le papier, il s’agissait d’un signal fort contre « le déferlement de petits colis liés aux plateformes étrangères  ». La mesure visait aussi à réduire ce que certains observateurs considèrent comme une forme de concurrence fiscale déloyale face à des vendeurs qui profitent des exemptions en vigueur jusqu’ici pour les colis de faible valeur (moins de 150 euros).

Cependant, dans les faits, cette taxe ne semble pas réduire significativement les flux importés depuis l’Asie. Rapidement après son entrée en vigueur, plusieurs acteurs logistiques et sources médiatiques ont rapporté que la taxe sur les petits colis n’est qu’une simple gesticulation politique.

Un exemple frappant est le changement des routes de transport. Au lieu d’atterrir directement en France, les avions cargo chinois chargés de ces colis se posent désormais surtout aux Pays‑Bas ou en Belgique, d’où les marchandises sont ensuite acheminées par camion vers la France.

Cela a un impact concret : le Groupe ADP (Aéroports de Paris), qui gère notamment l’aéroport de Roissy‑Charles‑de‑Gaulle, a reconnu avoir « déjà perdu un tiers de son trafic total de fret depuis quelques jours » en raison de ces changements logistiques. Selon des employés de la zone cargo interrogés par RTL, il n’y a quasiment plus d’avions chinois qui se posent à Roissy, ce qui se traduit par des pertes d’emploi chez certains agents de fret.

Cette logique de contournement est confirmée par plusieurs spécialistes du secteur : en déplaçant les points d’entrée vers d’autres hubs européens, les plateformes étrangères réduisent l’impact de la taxe française, tout en continuant à fournir les consommateurs européens. La conséquence est moins de trafic aérien direct vers la France, mais plus de transport par route depuis les pays voisins.

La taxe de 2 euros sur les petits colis bientôt complétée par l’abolition de l’exonération douanière en UE ? 

Plusieurs des principaux acteurs du commerce en ligne réagissent déjà à cette taxe par des adaptations de leur logistique : certaines plateformes installent des entrepôts massifs en Europe (par exemple un centre de 740 000 m² en Pologne pour un grand site de vente en ligne asiatique), afin d’éviter totalement l’application de cette taxe sur les petits colis. Cet entreposage européen permet de préparer des commandes qui seront ensuite livrées localement, sans passer par le régime d’importation hors UE qui est désormais taxé.

Autrement dit, les plateformes ont un intérêt économique à rediriger les flux vers des entrepôts proches des marchés consommateurs, ce qui déjoue l’objectif initial de la taxe française.

À un niveau plus large, cette taxe nationale devrait être complétée par une réforme européenne. En effet, l’Union européenne a donné son feu vert à de nouvelles règles qui abolissent l’exonération douanière des petits colis entrants dans l’UE, en introduisant un droit fixe ou une taxe communautaire uniformisée à partir du 1ᵉʳ juillet 2026. Selon ces règles européennes, chaque catégorie d’article dans un petit colis sera soumise à une taxe forfaitaire (en principe autour de 3 euros), ce qui rend plus difficile le contournement par les plateformes étrangères.

Pour l’instant, l’effet pratique de la taxe de 2 € mise en place en France est mitigé : elle n’a pas dissuadé les importations, elle a modifié les routes logistiques, et elle met en lumière les défis de régulation du commerce numérique mondial. Alors que le volume de petits colis en provenance d’Asie continue d’augmenter fortement chaque année, l’enjeu pour les autorités françaises et européennes reste de trouver un équilibre entre régulation, compétitivité et coût pour les consommateurs

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