Lidl et Aldi ont décidé de ramener le prix de la baguette de pain à 29 centimes dans leurs enseignes, un tarif qui n’avait pas été observé depuis 2022. Cette annonce intervient alors que le prix moyen d’une baguette en supermarché est de 55 centimes en 2025, selon une enquête de l’UFC-Que Choisir, et que celui en boulangerie avoisine 1,09 euro.
En 2022, la fixation d’un tel prix avait déjà provoqué une polémique dans la filière blé et pain, opposant distributeurs et artisans boulangers. Avec la baisse des cours du blé, passés de 230 euros la tonne en 2023 à environ 190 euros en 2025, les enseignes de grande distribution trouvent de nouvelles marges de manœuvre. Mais les boulangers rappellent que la matière première ne représente que 15 à 20 % des coûts de production.
Objectifs commerciaux et différences dans la fabrication du pain
Pour Thomas Braun, directeur des achats chez Lidl, « cette baguette à 29 centimes s’inscrit dans une campagne ‘prix sacrés’ avec des baisses de prix sur plusieurs produits emblématiques de la consommation sur lesquels nous sommes les moins chers du marché ». Il ajoute : « on s’adapte à l’environnement concurrentiel pour ne pas se laisser distancer et rester dans la course ». Cette politique est présentée comme un moyen de renforcer l’attractivité en période de rentrée.
Les méthodes de production différencient fortement le pain de supermarché et celui des boulangers. Dominique Anract, président de la Confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie, explique que « dans le pain industriel on ajoute du gluten pour que la pâte tienne et qu’elle puisse être congelée ». Il souligne également que la grande distribution utilise des pâtons surgelés précuits, alors que les artisans fabriquent, pétrissent et cuisent sur place, avec parfois un processus de fermentation long.
Les volumes produits sont également sans comparaison : environ 10 000 baguettes par jour dans une grande surface, contre 400 à 600 pour un artisan. Cette différence permet à la grande distribution de bénéficier d’économies d’échelle, notamment sur le coût de la main-d’œuvre et sur le prix de la farine. Selon Dominique Anract, la main-d’œuvre représente plus de 40 % des coûts en boulangerie.
Concurrence déséquilibrée
La question du prix reste un point de désaccord. Dominique Anract accuse la grande distribution de « détruire la chaîne de valeur » et de vendre à perte : « pour la grande distribution, la baguette est un produit d’appel, ils n’en ont pas besoin pour survivre ». Lidl rejette ces accusations, affirmant respecter la marge minimale imposée par la loi, tout en reconnaissant que les volumes permettent de proposer un tarif plus bas.
Le débat met en lumière deux approches distinctes : d’un côté, un produit de grande consommation à forte volumétrie et faible marge en supermarché, de l’autre, une production artisanale plus coûteuse mais qui revendique une qualité différenciée. Dominique Anract concède néanmoins que « des gens ont besoin de pouvoir acheter du pain à ce prix ». Selon lui, la grande distribution représente seulement 9 % du marché de la baguette, ce qui limite son influence directe sur l’ensemble du secteur.
La relance de la baguette à 29 centimes illustre ainsi un nouvel épisode dans la concurrence entre grandes enseignes et artisans boulangers, avec des conséquences économiques et symboliques pour l’ensemble de la filière.








