Les négociations commerciales entre fournisseurs et grande distribution suscitent de vives inquiétudes chez les PME et ETI industrielles. Face à un cadre jugé trop rigide et inadapté, la Fédération des entreprises et entrepreneurs de France (FEEF) interpelle le Premier ministre François Bayrou.
Dans une lettre ouverte, son président, Léonard Prunier, réclame une révision urgente de la loi Egalim, estimant que les règles actuelles pénalisent les petites entreprises. Chaque année, les négociations commerciales entre industriels et distributeurs sont un moment décisif. Elles s’achèveront cette année le 1er mars 2025, mais pour les PME et ETI, cette période est synonyme de stress et d’incertitude.
« C’est une usine à gaz », dénonce Léonard Prunier lors d’un entretien accordé à Ouest France, pointant une complexité excessive. Il regrette que des entreprises de 70 salariés soient soumises aux mêmes règles que des géants internationaux pesant plusieurs milliards d’euros.
L’un des principaux reproches formulés concerne la lourdeur administrative. Les PME doivent jongler avec des contrats aux exigences multiples, des systèmes de calcul de prix complexes et une pression constante de la grande distribution pour obtenir des baisses de tarifs. Cette situation empêche ces structures de se projeter à long terme et limite leur capacité d’investissement. « Une PME n’a pas les moyens de se battre pendant trois mois. Une période pendant laquelle elle n’investit plus en se demandant si elle va garder ses clients. », alerte le président de la FEEF.
Des revendications pour alléger les contraintes
Face à ces difficultés, la FEEF demande que les règles des négociations commerciales prennent en compte la taille des entreprises. Elle propose de distinguer les PME et ETI des grands groupes en appliquant le seuil européen de 350 millions d’euros de chiffre d’affaires. Pour ces structures, une négociation limitée à un mois et demi au lieu des trois mois actuels permettrait d’éviter une paralysie trop longue de leur activité. L’organisation réclame également la sanctuarisation des tarifs, afin d’éviter que les fournisseurs soient systématiquement contraints d’accepter des réductions de prix qui mettent en péril leur rentabilité.
Selon la FEEF, ces ajustements garantiraient une meilleure visibilité pour les PME, leur permettant de préserver leurs marges et de maintenir leurs investissements. Sans ces changements, elles restent soumises à des exigences trop lourdes, qui favorisent les grands groupes disposant de ressources financières et juridiques plus importantes.
Des entreprises sous forte pression économique
Les chiffres avancés par la Banque de France et la FEEF montrent une fragilité croissante des PME et ETI industrielles. En 2023, un tiers d’entre elles étaient déficitaires. La situation ne s’améliore pas en 2024, avec 66 % des entreprises enregistrant une baisse de résultats, tandis que 47 % font face à des problèmes de trésorerie et que 51 % anticipent des tensions financières supplémentaires en 2025.
L’impact sur l’emploi est également préoccupant. Près d’un quart des entreprises interrogées envisagent des réductions d’effectifs, un phénomène qui pourrait affaiblir l’économie locale et menacer des centaines d’emplois. Léonard Prunier insiste auprès d’Ouest France sur le rôle central de ces entreprises dans le tissu économique français, en particulier dans la transformation des matières premières agricoles. Pour lui, ces sociétés ne peuvent plus absorber des contraintes aussi lourdes sans risquer de disparaître.
Un appel au gouvernement pour une réforme rapide des règles des négociations commerciales
Face à ces constats alarmants, la FEEF exhorte le gouvernement à revoir en urgence les règles des négociations commerciales. L’organisation estime que le cadre actuel, conçu pour structurer les relations entre industriels et distributeurs, ne prend pas en compte la réalité des PME et ETI. Elle appelle à une réforme qui permette à ces entreprises de négocier sur un pied d’égalité avec les grands groupes tout en garantissant leur survie économique.
À ce jour, l’exécutif n’a pas encore réagi à ces revendications. Mais alors que la fin des négociations approche, les tensions s’intensifient. Si aucune réforme n’est engagée rapidement, la situation pourrait fragiliser un pan essentiel de l’industrie française, avec des conséquences sur l’emploi, l’investissement et la compétitivité des entreprises concernées.