Mortalité infantile : pourquoi la France chute au classement européen

Une étude récente révèle que les inégalités économiques croissantes en France contribuent à la hausse de la mortalité infantile, un phénomène qui place désormais le pays loin derrière ses voisins européens.

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Mortalité infantile
Mortalité infantile : pourquoi la France chute au classement européen. Crédit : Canva | Econostrum.info

La France, autrefois leader en matière de mortalité infantile en Europe, se classe désormais parmi les derniers, une chute inquiétante survenue depuis 1990. Selon une nouvelle étude, cette hausse alarmante serait largement due aux inégalités économiques croissantes. Les chercheurs appellent à une réforme du système de santé pour lutter contre ces disparités et sauver des vies.

Depuis 2012, la France fait face à une augmentation significative de la mortalité infantile, en particulier de la mortalité néonatale, qui désigne les décès survenant entre la naissance et le 28e jour. Alors que la mortalité des adultes baisse et que l’espérance de vie progresse, la mortalité infantile, elle, stagne et a même légèrement augmenté depuis 2020. Ce phénomène contraste avec des décennies de baisse constante. En 1990, la France avait l’un des taux de mortalité infantile les plus bas d’Europe. Cependant, en 2022, elle se classait 23e sur 27 dans l’Union Européenne, avec un taux de mortalité infantile de 4,5‰ pour les garçons et 3,7‰ pour les filles, contre des moyennes respectivement de 3,5‰ et 3,0‰ dans l’UE.

Les inégalités économiques et sociales en ligne de mire

Une étude récemment publiée dans BMJ Medicine par des chercheurs de l’Inserm, de l’APHP et de plusieurs universités a révélé que les inégalités économiques et sociales jouent un rôle majeur dans cette tendance inquiétante. En analysant les données liées à la mortalité néonatale, l’étude a établi un lien direct entre le niveau socio-économique des communes et le taux de décès des nouveau-nés. Les mères vivant dans des zones défavorisées, caractérisées par un fort taux de chômage, un revenu médian bas, et une proportion élevée de familles monoparentales ou immigrées, courent un risque 1,7 fois plus élevé de perdre leur bébé dans les premiers jours de vie. Les enfants nés dans ces régions ont un risque accru de prématurité et de faible poids à la naissance, deux facteurs majeurs de décès néonatal.

Un accès aux soins limité dans les zones défavorisées

Outre ces facteurs socio-économiques, l’étude souligne également un problème d’accès aux soins. Les habitants des territoires les plus pauvres ont moins de possibilités d’accéder à des soins de qualité, et les unités de soins néonatals, souvent saturées, peinent à répondre à la demande. La forte occupation des services d’urgence et les sous-effectifs dans les hôpitaux intensifient la pression sur ces services vitaux pour les nouveau-nés.

Les chercheurs affirment que si tous les enfants bénéficiaient des mêmes conditions de prise en charge que ceux des zones les plus favorisées, environ un quart des décès néonatals, soit 2 496 vies, auraient pu être évités entre 2015 et 2020. Des facteurs comme le tabagisme, l’obésité et l’exposition à la pollution, plus présents dans les zones défavorisées, augmentent le risque de complications pendant la grossesse et l’accouchement. Le recours à une interruption médicale de grossesse dans certains cas de malformations fœtales pourrait aussi jouer un rôle dans la réduction de ces décès.

Une réorganisation nécessaire du système de santé pour faire baisser le taux de mortalité

Pour inverser cette tendance, les chercheurs appellent à une réorganisation du système de santé, notamment en renforçant les infrastructures et en augmentant le nombre de soignants dans les territoires les plus vulnérables. L’amélioration de la prise en charge des nouveau-nés, la formation des professionnels de santé et la mise en place d’un accès plus égalitaire aux soins sont des mesures urgentes pour lutter contre ces inégalités et réduire la mortalité néonatale.

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