Depuis la reprise de MaPrimeRénov’ cet automne, les règles ont été durcies pour mieux encadrer la rénovation énergétique. Mais sur le terrain, cette vigilance accrue met en lumière un phénomène préoccupant : des accompagnateurs profitent du dispositif pour proposer des travaux largement exagérés, voire inutiles, dans le seul but d’atteindre les montants de subvention maximum, rapporte BFM.
MaPrimeRénov’, instauré pour aider les ménages à améliorer l’efficacité énergétique de leur logement, repose désormais sur un audit obligatoire réalisé par un « Accompagnateur Rénov’ ». Cette étape technique doit évaluer l’état réel du bâtiment et déterminer les travaux pertinents. Mais dans plusieurs territoires, les agents de contrôle constatent que certains audits jouent avec les limites : diagnostics approximatifs, équipements présentés comme vétustes alors qu’ils ne le sont pas, ou encore absences d’isolation inventées pour justifier des interventions coûteuses.
Des devis maximisés et des audits incohérents, une dérive qui se généralise
Selon BFM, les témoignages d’experts chargés des vérifications montrent des pratiques récurrentes. Dans l’Eure, un contrôleur se rend dans une maison censée être dépourvue d’isolation et équipée d’un chauffe-eau ancien de 40 ans. En démontant un interrupteur, il découvre que les murs possèdent bel et bien un vide d’air isolant, certes modeste, mais loin de l’absence totale décrite dans l’audit. Le « vieux chauffe-eau » n’existe pas non plus : une chaudière au gaz a été installée en 2019. Malgré cela, le dossier réclamait près de 49 000 euros de travaux, soit la subvention maximale possible selon les revenus du propriétaire.
Ce cas n’est pas isolé. Le phénomène s’est accentué depuis la création, en 2024, des « Accompagnateurs Rénov’ » (MAR), devenus obligatoires pour déposer une demande. Dans l’agglomération Seine-Eure, des dossiers affluent depuis Marseille, Lyon, Bordeaux ou d’autres régions, avec des audits très sommaires, contenant « trois infos et demie », selon une instructrice locale. Les devis, en revanche, sont toujours impeccablement rédigés et alignés sur les montants maximaux. Selon Anne Terlez, vice-présidente de l’agglomération chargée de l’habitat, 100 % des dossiers déposés par des MAR extérieurs au département ont été jugés frauduleux.
Cette fraude ne repose pas forcément sur des escroqueries classiques : pas d’usurpation d’identité ou de fausses entreprises. Le problème tient plutôt à des évaluations bâclées, des approximations techniques et une volonté évidente de maximiser les aides, même lorsque les travaux sont superflus. Une manière de détourner l’esprit du dispositif et, au passage, de gaspiller des fonds publics.
Une lutte contre la fraude encore imparfaite malgré des contrôles renforcés
L’Anah, qui pilote MaPrimeRénov’, assure disposer de tous les outils nécessaires pour analyser les audits et renforcer la lutte contre la fraude. Au niveau national, entre 10 % et 15 % des projets font l’objet de contrôles physiques, généralement après la fin des travaux. Les instructeurs, majoritairement administratifs, peuvent solliciter des experts techniques lorsqu’un dossier paraît incohérent.
Mais les élus locaux et les agents de terrain constatent une tension constante. D’un côté, l’État fixe des objectifs ambitieux de rénovation massive ; de l’autre, il demande d’intensifier les contrôles. Dans l’Eure, cette contradiction se traduit par des délais qui s’allongent et des suspicions difficiles à lever sans visite sur place. Car pour les instructeurs, un audit bien rédigé mais faux est souvent impossible à déceler depuis un bureau.
Face à la multiplication d’audits bâclés et de devis gonflés, les contrôles apparaissent comme la seule solution pour éviter que MaPrimeRénov’ finance des travaux inutiles. Mais tant que l’équilibre entre rapidité des dossiers et exigence technique ne sera pas trouvé, les dérives risquent de persister, au détriment des ménages comme des finances publiques.








