En 2025, l’argent déposé sur les Livrets A, traditionnellement consacré au logement social, connaît un usage inédit. La Caisse des dépôts et consignations (CDC) a annoncé un accord avec Bercy et EDF pour utiliser une partie de ces fonds dans le financement de nouveaux réacteurs nucléaires de type EPR. Cette décision illustre un changement important dans la gestion de l’épargne réglementée des Français, qui représente environ 400 milliards d’euros.
Le Fonds d’épargne centralise près de 60 % de l’épargne réglementée, provenant notamment des Livrets A, des LDDS et des LEP. Historiquement, ces ressources étaient principalement consacrées au logement social et aux politiques locales, mais face aux besoins énergétiques croissants, la CDC a choisi de diversifier l’affectation de ces fonds, rapporte BFM. Désormais, une partie sera investie pour soutenir la construction de six nouveaux réacteurs EPR à l’horizon 2038.
Le coût estimé de ce programme nucléaire est important, autour de 100 milliards d’euros. Bien que l’évaluation précise ne soit pas encore finalisée, la mobilisation des fonds de la CDC doit permettre de sécuriser le financement tout en garantissant que le logement social continue à recevoir sa part de ressources. Olivier Sichel, directeur général de la CDC, a souligné que ces investissements s’inscrivent dans la stratégie énergétique nationale, visant à renforcer la souveraineté et la modernisation du parc nucléaire français.
Des investissements d’envergure
Cette réorientation des Livrets A intervient alors qu’EDF fait face à de lourds investissements pour moderniser ses installations et maintenir son parc nucléaire. Malgré ces défis, la société demeure au cœur de la politique énergétique française, et le recours au Fonds d’épargne devrait contribuer à stabiliser financièrement le programme tout en répondant aux ambitions écologiques et stratégiques du pays.
Outre le nucléaire, la CDC continue de gérer une grande partie de l’épargne sous forme de prêts à long terme pour le logement social et la politique de la ville. L’autre moitié des fonds est investie dans des titres de dette, principalement d’État, ainsi que dans des actions de sociétés cotées. Cette diversification permet de sécuriser les placements tout en générant des revenus pour la Caisse, dont le bénéfice net pour 2025 est estimé à environ 5 milliards d’euros.
Les risques du financement du nucléaire par le Livret A
Le choix d’investir dans le nucléaire avec le Livret A soulève toutefois des questions. Certains experts soulignent que le financement d’infrastructures énergétiques lourdes avec des fonds initialement dédiés à des besoins sociaux pourrait comporter des risques, surtout en cas de crise financière. D’autres estiment au contraire que cela représente une stratégie prudente et durable pour soutenir un secteur vital pour l’indépendance énergétique du pays.
Le gouvernement français doit encore présenter sa proposition à Bruxelles pour obtenir l’accord sur la structure financière globale du projet, précise BFM. Cette étape est cruciale pour officialiser l’utilisation des fonds du Livret Aet garantir que les investissements respectent la réglementation européenne. Si l’accord est validé, la France disposera d’un cadre solide pour mobiliser son épargne réglementée vers des projets d’envergure nationale, tout en continuant à soutenir le logement social.








