L’euro a connu une hausse significative après l’annonce d’un plan ambitieux visant à augmenter les dépenses de défense en Europe. Cette décision, portée par la Commission européenne et soutenue par l’Allemagne, intervient dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes et de repositionnement stratégique de l’Union européenne.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé la mise en place d’un plan de 800 milliards d’euros destiné à soutenir l’effort de défense des États membres. Ce financement comprend 650 milliards d’euros issus des budgets nationaux et 150 milliards d’euros de prêts européens, avec pour objectif de moderniser l’industrie de l’armement et de renforcer les infrastructures militaires stratégiques.
Ce projet a également pour ambition de réformer les règles budgétaires afin que les États puissent accroître leurs dépenses de défense sans risquer des sanctions pour déficit excessif. La Commission européenne recommande ainsi aux États membres d’augmenter leur budget militaire d’au moins 1,5 % du PIB, une mesure qui sera débattue lors du prochain sommet des dirigeants européens à Bruxelles.
L’Allemagne en tête de file, un signal fort pour les marchés
L’Allemagne, qui doit respecter une législation stricte sur la dette publique, a néanmoins annoncé un relèvement de ses dépenses militaires au-delà de 1 % du PIB. Le chancelier Friedrich Merz a justifié cette décision en déclarant que son pays devait être prêt à « faire tout ce qu’il faut » pour assurer sa sécurité et celle de l’Europe.
En complément, un fonds spécial de 500 milliards d’euros a été proposé pour financer des infrastructures stratégiques et renforcer les capacités militaires allemandes. Ces annonces ont eu un effet immédiat sur les marchés financiers, renforçant la confiance des investisseurs dans la stabilité économique européenne. L’euro a ainsi bondi pour atteindre 1,06 dollar américain, son plus haut niveau depuis novembre 2024, indique Euronews.
Un impact direct sur les marchés et les obligations d’État
La perspective d’une augmentation massive des investissements militaires a également soutenu les marchés boursiers européens, notamment les valeurs liées à la défense et à l’armement. En parallèle, les rendements des obligations d’État européennes ont progressé, notamment ceux des bons du Trésor allemand et français.
Le rendement des obligations allemandes à 10 ans a grimpé à 2,48 %, tandis que celui des obligations françaises a atteint 3,23 %. Les investisseurs anticipent une accélération des émissions obligataires pour financer ces nouvelles dépenses. Cette dynamique reflète la volonté des États européens de s’affranchir de leur dépendance aux États-Unis en matière de défense, tout en renforçant leur souveraineté industrielle et stratégique.
Une réforme budgétaire qui fait débat
Si ces annonces ont été bien accueillies par les marchés, elles suscitent des interrogations au sein des États membres. La France et l’Italie, dont les finances publiques sont déjà sous tension, pourraient avoir plus de difficultés à financer une hausse soudaine des dépenses militaires. Certains économistes s’interrogent également sur l’impact de ces nouvelles dépenses sur la dette publique.
La Banque européenne d’investissement (BEI) pourrait également voir son mandat élargi pour inclure le financement de projets militaires. Avec un bilan de 600 milliards d’euros, la BEI pourrait ainsi devenir un acteur clé du réarmement européen, bien qu’elle soit historiquement dédiée aux projets civils et technologiques.
Un tournant stratégique pour l’Europe
L’Union européenne semble déterminée à engager un changement profond dans sa politique de défense. Cette nouvelle orientation marque une prise de conscience face aux défis géopolitiques et économiques actuels. Toutefois, la question du financement et des arbitrages budgétaires demeure cruciale pour garantir la viabilité de ce projet à long terme.
Les discussions qui auront lieu lors du sommet des 27 à Bruxelles seront déterminantes pour l’avenir du plan. L’euro, dopé par cette annonce, pourrait poursuivre sa hausse face au dollar, à condition que ces engagements se traduisent rapidement par des décisions concrètes et des investissements ciblés.








