C’est dans un contexte de crises majeures dans le monde que l’Allemagne a choisi des drones américains. La politique de défense européenne traverse une phase de transition. Depuis 2022, les gouvernements ont dû réévaluer leurs stratégies d’acquisition et leurs dépendances. Malgré les ambitions communes pour un développement de capacités partagées, la mise en œuvre se fait de plus en plus difficilement, sous la pression des défis opérationnels.
En conséquence, plusieurs projets de défense multinationaux ont vu le jour au sein de l’UE, soutenus par des fonds et du capital politique. Cependant, l’exécution a été retardée, et plusieurs programmes sont à la traîne ou mal alignés avec les besoins actuels.
Dans ce contexte, l’Allemagne a autorisé une décision d’acquisition qui s’écarte du cadre habituel. Ce choix touche au moins deux grands projets de défense coopérative et implique une plateforme déjà utilisée par d’autres membres de l’OTAN. Si l’acquisition en elle-même est routine, ses implications sont loin de l’être.
Un choix qui remet en question les initiatives européennes
L’Allemagne a récemment validé l’achat de huit drones MQ-9B SeaGuardian auprès des États-Unis, via l’Agence de soutien et d’approvisionnement de l’OTAN (NSPA). Ce choix met de côté deux projets européens majeurs : l’Eurodrone et le système de guerre aérienne maritime (MAWS). Cette acquisition s’inscrit dans un paquet de défense de 50 milliards d’euros adopté par le Bundestag en décembre, couvrant des lacunes stratégiques dans les domaines aériens, terrestres, maritimes et spatiaux.
Les drones MQ-9B seront opérés par le Marinefliegergeschwader 3 « Graf Zeppelin » à Nordholz, à partir de 2028. Ce modèle de drone, conçu par General Atomics Aeronautical Systems, est équipé de capteurs divers, y compris des radars et des caméras, et peut transporter jusqu’à 2 000 kg de charge utile. Il est principalement destiné à des missions de surveillance maritime, en particulier pour la détection sous-marine et la guerre anti-sous-marine, et viendra compléter la flotte de P-8A Poseidon de la Bundeswehr.
L’Allemagne à la recherche de la compatibilité opérationnelle avec l’OTAN
L’Allemagne privilégie la compatibilité opérationnelle avec l’OTAN. Le drone MQ-9B, équipé de capacités de surveillance étendues, permettra de renforcer la surveillance maritime en mer Baltique et dans l’Atlantique Nord. Ce modèle s’intègre facilement aux structures de surveillance et de guerre anti-sous-marine de l’OTAN, ce qui répond aux besoins immédiats de l’Allemagne pour des missions de surveillance continue.
Ce choix a été motivé par des préoccupations croissantes concernant les délais de mise en service et l’adaptabilité des plateformes européennes. Le programme Eurodrone, développé par Airbus, Leonardo et Dassault Aviation, a accumulé des retards et ne dispose toujours pas de capacités maritimes éprouvées. De plus, le projet MAWS, destiné à remplacer les patrouilles maritimes vieillissantes, a perdu de l’élan politique, particulièrement avec les acquisitions récentes de P-8A Poseidon en 2021 et de MQ-9B en 2025.
Le choix de l’Allemagne de s’orienter vers des solutions américaines, bien qu’en ligne avec les normes de l’OTAN, soulève des questions sur l’avenir des programmes multilatéraux européens qui dépendent d’engagements partagés et d’une planification synchronisée des capacités.








