Crise des hydrocarbures : l’Europe va-t-elle se tourner vers l’Algérie et la Libye ?

La guerre en Iran perturbe les hydrocarbures, l’Europe regarde l’Algérie et la Libye, mais leurs capacités restent limitées à court terme.

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Hydrocarbures
Crise des hydrocarbures : une aubaine pour l'Algérie et la Libye ? - Crédit : Canva | Econostrum.info

La guerre en Iran et les perturbations dans le Golfe ont conduit plusieurs pays et acteurs du marché de l’énergie à rechercher d’autres sources d’approvisionnement en hydrocarbures.

Le blocage du détroit d’Ormuz perturbe les flux de pétrole et de gaz, ce qui pousse certains pays à se tourner vers d’autres producteurs, notamment en Afrique du Nord. Dans ce contexte, l’Algérie et la Libye sont régulièrement citées comme des pays susceptibles d’augmenter leurs exportations d’hydrocarbures vers l’Europe et d’autres régions.

L’Algérie est membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et constitue le premier exportateur de gaz en Afrique. Le pays exporte principalement son gaz vers l’Europe via des gazoducs, notamment le Transmed vers l’Italie et le Medgaz vers l’Espagne. Ces infrastructures permettent d’acheminer du gaz sans passer par des routes maritimes exposées aux tensions militaires. Selon Moez Ajmi, expert du cabinet EY, ces gazoducs présentent « un avantage significatif » car « ils sont hors d’atteinte des drones et missiles iraniens et du Hezbollah » libanais.

Ces infrastructures fonctionnent déjà à pleine capacité. Geoff Porter, consultant au sein du cabinet North Africa Risk Consulting, explique que « Transmed n’a pas de capacité supplémentaire », tandis que Medgaz pourrait voir sa capacité augmenter « peut-être d’un milliard de m3 par an ». Ces limites techniques réduisent la possibilité d’augmenter rapidement les exportations de gaz vers l’Europe.

Les capacités de production des hydrocarbures et les projets d’investissements

Depuis la guerre en Ukraine en 2022 et la réduction des importations de gaz russe par l’Union européenne, l’Algérie a pris une place plus importante dans l’approvisionnement énergétique européen. Moez Ajmi rappelle que l’Algérie est devenue « un pilier essentiel de sa stratégie de diversification énergétique ». Le groupe public algérien Sonatrach cherche à augmenter la production de gaz naturel liquéfié en optimisant ses installations de liquéfaction afin de vendre davantage de volumes sur le marché à court terme.

Le ministre italien de la Sécurité énergétique, Gilberto Pichetto Fratin, a déclaré « discuter directement » avec l’Algérie, l’Azerbaïdjan et les États-Unis pour compenser la baisse des livraisons de gaz naturel liquéfié du Qatar, qui représente environ 20 % des besoins italiens. Malgré des réserves de gaz importantes, la production algérienne reste inférieure à celle du Qatar. Moez Ajmi indique que « Remplacer le Qatar dont la production est deux fois supérieure à l’Algérie (200 milliards de m3 par an contre 100) n’est pas réaliste à court terme, sans investissements massifs ». Geoff Porter indique également que « L’Algérie n’a pas de réserves de production suffisantes pour être une alternative aux volumes perdus du Qatar ».

L’Algérie a annoncé un plan d’investissement compris entre 50 et 60 milliards de dollars pour développer l’exploration et moderniser les infrastructures des hydrocarbures. L’objectif est d’augmenter la production de gaz d’ici 2030. Des discussions sont en cours avec les entreprises américaines Chevron et ExxonMobil pour participer à des projets liés notamment au gaz de schiste. Selon Geoff Porter, les discussions « ne sont pas suffisamment avancées » et il faudra « au mieux quatre ou cinq ans » pour observer une augmentation des volumes.

La Libye dispose de réserves importantes mais fait face à des contraintes internes

La Libye possède les réserves en hydrocarbures les plus importantes d’Afrique, estimées à environ 48,4 milliards de barils, ainsi que des ressources gazières importantes. Moez Ajmi indique que « La Libye peut augmenter son extraction et ses exportations pour compenser partiellement la baisse du Golfe ». Toutefois, il précise que « l’instabilité politique et sécuritaire reste un frein majeur » et limite les perspectives d’augmentation rapide de la production.

La production libyenne a atteint environ 1,4 million de barils par jour, un niveau élevé sur la dernière décennie. Les autorités libyennes visent une production de 2 millions de barils par jour, mais cet objectif nécessite des investissements dans les infrastructures, le forage et la sécurité. Selon Moez Ajmi, plusieurs années seront nécessaires pour atteindre ce niveau de production.

Dans ce contexte, l’Algérie et la Libye sont considérées comme des fournisseurs pouvant augmenter leurs exportations d’hydrocarbures, mais les capacités actuelles, les investissements nécessaires et les contraintes techniques ou politiques limitent la possibilité d’une augmentation rapide des volumes disponibles sur le marché international.

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