Alors que le taux du Livret A baisse une nouvelle fois, passant de 1,7% à 1,5%, le Livret d’épargne populaire (LEP), pourtant plus avantageux, peine à séduire les Français éligibles. En 2024, bien que 31 millions de personnes puissent théoriquement souscrire à ce produit d’épargne, 62% d’entre elles n’en ont pas ouvert un. Pourquoi ce placement, pourtant jugé plus intéressant que le Livret A, reste-t-il largement ignoré ?
Le Livret d’épargne populaire (LEP) bénéficie d’une rémunération plus attractive que celle du Livret A. Actuellement, le taux du LEP est de 2,7%, bien plus élevé que les 1,5% du Livret A. Cependant, en dépit de cet avantage, le LEP peine à trouver son public. En 2024, la Banque de France a estimé à 31 millions le nombre de Français éligibles à ce placement. Pourtant, seulement 38% d’entre eux détiennent réellement un LEP. Ce faible taux de souscription pose question, d’autant plus qu’il concerne principalement les ménages modestes, à qui ce produit est destiné.

Les raisons de la sous-utilisation du LEP
L’un des principaux obstacles à la souscription au LEP réside dans la méconnaissance de ce produit d’épargne. Beaucoup de Français ne savent même qu’ils sont éligibles. « La méconnaissance joue pour beaucoup : de nombreux foyers ne savent pas qu’ils peuvent avoir un PEL et qu’il est plus intéressant que le Livret A », explique à Franceinfo Philippe Crevel, économiste et directeur du Cercle de l’Épargne. Une grande partie de la population ne connaît pas les avantages du LEP, préférant se contenter du Livret A, plus accessible, sans réaliser que le LEP pourrait être plus rentable pour eux.
Un autre facteur explique cette sous-utilisation : la faible capacité d’épargne des Français éligibles. Beaucoup de foyers modestes n’ont pas suffisamment de ressources pour alimenter un LEP de manière régulière. En effet, bien que le produit soit attractif, son plafond de 10 000 euros et les conditions strictes d’éligibilité limitent son intérêt pour une partie de la population, qui préfère peut-être d’autres solutions d’épargne plus accessibles ou plus flexibles.
Les efforts pour faciliter l’accès au LEP
Pour encourager l’utilisation du LEP, plusieurs réformes ont été mises en place ces dernières années. Jusqu’en 2021, les banques devaient vérifier chaque année l’éligibilité de leurs clients au LEP. Depuis, cette procédure a été simplifiée, les établissements bancaires pouvant désormais interroger directement l’administration fiscale. Cette évolution vise à rendre l’ouverture d’un LEP plus facile et rapide, sans nécessiter la fourniture d’un avis d’imposition.
Malgré ces efforts, les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. En 2023, le nombre de LEP a franchi la barre des 10 millions, mais cet objectif ambitieux de 12,5 millions de comptes d’ici 2024 semble encore lointain.
Un avenir incertain pour le LEP
Le faible taux de souscription au LEP pourrait-il changer avec la baisse continue du taux du Livret A ? Les pouvoirs publics espèrent que les Français se tourneront davantage vers le LEP pour compenser cette baisse, mais selon Philippe Crevel, cela reste incertain. « Les personnes les plus modestes ont peu de capacité d’épargne, et donc peu de capacité d’ouvrir un LEP », analyse-t-il.
De fait, en 2025, le LEP a connu une décollecte de 1,5 milliard d’euros, signe que de nombreux Français ont puisé dans leur épargne pour faire face à des dépenses quotidiennes, plutôt que d’envisager l’épargne à long terme.








