La France se retrouve face à un paradoxe énergétique : une production d’électricité renouvelable en hausse, mais une part croissante de cette énergie est gaspillée, faute d’infrastructures adaptées. Malgré ces excédents, les prix de l’électricité continuent d’augmenter, mettant en lumière les défis du réseau et du marché de l’énergie.
D’après les données du gestionnaire de réseau RTE, la France a écrêté 2 TWh (térawattheures) d’électricité renouvelable au premier semestre 2025, un chiffre presque doublé par rapport à l’année précédente. Ce gaspillage, équivalant à 0,7 % de la production totale d’électricité du pays, est principalement dû à des pics de production de solaire et d’éolien. Lorsque les conditions climatiques sont favorables, la production dépasse les besoins du réseau et, faute de mécanismes de stockage ou d’ajustement de la production, cette énergie est perdue.
Dans le détail, 0,8 TWh de production éolienne et 1,2 TWh d’énergie solaire ont été gaspillés en 2025, dont la majeure partie a été perdue à cause de l’intermittence de ces sources d’énergie. Alors que les capacités installées de solaire ont augmenté de 2,1 GW cette année, ce phénomène ne semble pas s’atténuer, au contraire.
Des prix de l’électricité qui ne cessent de grimper
L’un des effets les plus frappants de ce gaspillage est la survenue de prix négatifs de l’électricité pendant certains pics de production. Lors de ces périodes, les producteurs préfèrent vendre à perte plutôt que d’arrêter leurs installations, un phénomène qui a été observé pendant 363 heures au premier semestre 2025. Cependant, malgré l’augmentation du gaspillage, le prix moyen de l’électricité a continué d’augmenter, atteignant 67 €/MWh pour les six premiers mois de 2025.
Ce paradoxe réside dans la structure du marché de l’électricité, où les prix sont régulés par l’offre et la demande, mais ne reflètent pas toujours la réalité de la production. Les sources d’énergie les moins coûteuses à produire, comme le solaire et l’éolien, ne peuvent pas réduire efficacement les prix en raison des limitations du réseau et du coût de compensation des pertes.
Les conséquences sur le réseau et les consommateurs
Le manque d’infrastructures adaptées pour gérer ces surproductions a des répercussions sur l’ensemble du système. Les producteurs d’électricité, notamment ceux des renouvelables, sont compensés par l’État pour les pertes générées par les prix négatifs, ce qui représente un coût supplémentaire pour les finances publiques. Ces pertes sont indirectement répercutées sur les factures des consommateurs, bien que ces derniers ne bénéficient pas d’une baisse significative des prix de l’électricité.
Pour les consommateurs qui produisent leur propre énergie (par exemple, grâce aux panneaux solaires), l’incitation à l’autoconsommation devient de plus en plus évidente. En utilisant leur propre production en période de surplus, ces foyers évitent une perte énergétique qui ne bénéficie même pas à l’ensemble du réseau.
La réponse du gouvernement : une adaptation du réseau
Pour limiter ce gaspillage, le gestionnaire de réseau RTE prévoit un plan d’investissement de 100 milliards d’euros pour moderniser les infrastructures électriques. L’objectif est de mieux intégrer les énergies renouvelables, notamment en renforçant les interconnexions avec les pays voisins, en développant le stockage de l’électricité et en adaptant le réseau pour qu’il puisse absorber les pics de production.
Une autre solution envisagée pour réguler la demande consiste à encourager la consommation pendant les heures creuses, notamment via des bornes de recharge pour véhicules électriques et un ajustement des tarifs proposés aux consommateurs.








