Au cours des 25 dernières années, la situation de la dette publique de la France a évolué de manière significative. En 2000, la France affichait l’une des dettes les plus sûres d’Europe, mais en 2025, elle se classe parmi les pays avec les rendements obligataires les plus élevés de la zone euro, signe d’une perte progressive de confiance des investisseurs.
La dette publique française a atteint 3 482,2 milliards d’euros à la fin du troisième trimestre 2025, marquant une nouvelle hausse de près de 66 milliards d’euros par rapport au trimestre précédent, selon les données de l’INSEE. Cette évolution met en lumière la trajectoire inquiétante de l’endettement, qui ne semble pas en mesure de se stabiliser à court terme.
Le ratio de la dette par rapport au PIB, qui est l’indicateur clé de la soutenabilité de l’endettement, se situe à 116,5 % en 2025, contre seulement 59,7 % en 2000. Cette évolution place la France parmi les pays les plus endettés d’Europe, alors que la moyenne de la zone euro est de 87,8 % du PIB. Les rendements obligataires de la France, qui étaient autrefois parmi les plus bas de la zone euro, sont désormais parmi les plus élevés, un signe que la confiance des créanciers s’est affaissée au fil des ans.
La hausse des taux de la dette accélérée par la crise politique
Le retournement de la France, qui est devenue l’un des pays qui emprunte le plus cher, est particulièrement marqué après la crise de 2008. À partir de cette période, les rendements des obligations souveraines françaises ont commencé à augmenter en raison de l’incertitude politique, notamment la dissolution de 2024, qui a exacerbé les problèmes d’endettement. Sylvain Bersinger, économiste et fondateur du cabinet Bersingéco, observe que la France est devenue « le mauvais élève » en matière de finances publiques, surtout en comparaison avec ses voisins européens.
Avant la crise financière de 2008, la France jouissait d’une situation favorable en termes de coûts d'emprunt, avec des rendements obligataires relativement bas. Cependant, à partir de la crise des dettes souveraines de 2012, les rendements des obligations françaises ont progressivement diminué, alors que les rendements des pays comme l’Italie, la Grèce ou l’Espagne étaient plus élevés. La politique monétaire accommodante des banques centrales et la faible inflation ont contribué à cette tendance, mais elle a cessé avec le retour de l’inflation en 2022 et la hausse des taux d’intérêt.
En parallèle, le gouvernement français n’a pas réussi à maîtriser son déficit budgétaire depuis 1974, et les prévisions pour 2026 montrent un déficit de 5 % du PIB. Ce déficit sera financé par un endettement supplémentaire, avec la France Trésor qui prévoit de lever un montant record de 310 milliards d’euros en 2026 sur les marchés. La situation actuelle met en évidence un dilemme entre la nécessité de maintenir des dépenses publiques élevées et la difficulté de réduire la dette.
Les créanciers continuent de financer la France, mais à un prix plus élevé, car le pays doit faire face à une prime de risque accrue. Sylvain Bersinger met en garde contre le fait que cette situation pourrait ne pas durer éternellement. Il appelle à une gestion plus stricte des finances publiques pour éviter que la France ne perde davantage en crédibilité sur les marchés internationaux.








