L’agence de notation Standard and Poor’s (S\&P) a maintenu vendredi 30 mai la note de la dette souveraine française à AA-, avec une perspective négative. Cette décision, rendue publique sans commentaire officiel de la part de l’agence, a été accueillie prudemment par les autorités françaises.
Le ministère de l’Économie a simplement indiqué qu’il « prend bonne note » de cette décision. La note actuelle, AA-, représente déjà un cran en dessous de la meilleure notation possible, et la perspective négative signifie qu’une dégradation pourrait intervenir dans les mois à venir.
Cette stabilité apparente intervient dans un contexte budgétaire tendu. Depuis février, S\&P a assorti la note AA- d’un avertissement, justifié par « des finances publiques sous pression » et un « soutien politique aux réformes limité ». Les projections de la Commission européenne vont dans le même sens : la France afficherait le plus fort déficit public de la zone euro en 2025 (5,6 % du PIB) et 2026 (5,7 %), bien au-dessus des normes européennes. Le gouvernement, lui, table sur un retour sous les 3 % en 2029, avec des prévisions à 5,4 % en 2025 et 4,6 % en 2026.
Une période d’incertitude de la dette publique prolongée avant un jugement plus décisif
Selon Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG, « dans cette espèce de période d’incertitude, l’agence décide d’attendre encore ». Il rappelle que S\&P avait identifié deux facteurs clés pouvant entraîner une dégradation : un ralentissement marqué de la croissance et un abandon de la réforme des retraites. À ce jour, aucun de ces deux éléments ne s’est concrétisé. L’agence semble donc laisser un sursis au gouvernement pour qu’il présente des mesures concrètes de redressement budgétaire.
Le Premier ministre François Bayrou a d’ailleurs reconnu cette semaine « qu’aucune des mesures » du futur plan d’économies n’était encore arrêtée. Ce plan, destiné à rétablir l’équilibre des finances publiques, devrait être dévoilé d’ici le 14 juillet. La méthode retenue repose sur une concertation large, incluant les partenaires sociaux et les partis politiques, ce qui retarde les décisions fermes.
Les marchés financiers, de leur côté, ont réagi avec calme. Le taux d’intérêt de la dette française est même en légère baisse, bien en dessous du pic de 3,6 % observé en mars. Ce contexte contribue à expliquer pourquoi S\&P n’a pas encore abaissé la note. Mais un nouveau verdict est attendu le 28 novembre. D’ici là, la pression reste forte sur le gouvernement pour démontrer sa capacité à tenir ses engagements budgétaires.








