Dette publique : comment la France en est venue à payer plus que la Grèce

Les marchés s’interrogent sur la dette française, dont les coûts d’emprunt se rapprochent de l’Italie et passent parfois devant la Grèce.

Publié le
Lecture : 3 min
dette
Dette française : comment la France en est arrivée à payer presque autant que l’Italie et plus que la Grèce. Crédit : Canva | Econostrum.info

La dette française inquiète de plus en plus les marchés. Ses coûts de financement se rapprochent de ceux de l’Italie et dépassent même, par moments, ceux de la Grèce. Ce rapprochement inattendu souligne la perte de crédibilité budgétaire de la France et alimente un climat de défiance politique et économique.

Le 20 août, les obligations d’État françaises à dix ans s’échangeaient à 3,43 %, contre 3,54 % pour l’Italie et 3,38 % pour la Grèce. « L’écart de taux à 10 ans entre la France et l’Italie oscille autour des 10 points de base », souligne Dorothée Rouzet, cheffe économiste au Ministère de l’Économie. Elle ajoute que « la tendance de fond est effectivement celle d’un rapprochement marqué depuis 2023 ». L’évolution contraste avec la trajectoire italienne. Depuis trois ans, Rome a réduit son déficit, revenu à 3,4 % du PIB en 2024 contre 7,2 % en 2023.

La suppression du revenu de citoyenneté et du dispositif coûteux de superbonus a permis au gouvernement de Giorgia Meloni d’afficher un excédent primaire inédit dans le G7. « L’Italie a réussi à rééquilibrer ses finances publiques, quand la France s’enfonce dans une fuite en avant », analyse auprès du Figaro Jean-Marc Daniel, professeur d’économie à l’ESCP Business School. Selon lui, « l’Italie dégage aujourd’hui un excédent extérieur, comme l’Espagne. La France, elle, cumule un double problème : un déficit budgétaire lié à son action immédiate qui alimente le déficit extérieur. »

Athènes, un faux comparant mais un symbole fort

Depuis novembre 2024, les taux français dépassent régulièrement ceux de la Grèce, notamment sur les maturités courtes. Mais, comme le rappelle Dorothée Rouzet, « c’est un très petit émetteur comparé à la France (environ 10 milliards d’euros d’émissions à moyen et long terme en 2024, contre 285 milliards pour la France), la majorité de la dette grecque n’est pas liquide, et seulement un quart de cette dette est négociable sur les marchés. »

Elle précise également que « ce qui compte pour les coûts de financement n’est pas l’écart de taux avec les pays dits périphériques, mais le niveau des taux et son écart avec le taux sûr de référence, qui est en Europe le taux allemand. » L’économiste estime ainsi que « l’évolution des taux italiens montre surtout que le sérieux budgétaire paye ». De son côté, Jean-Marc Daniel insiste sur la dimension symbolique : « Comparer la Grèce et la France est un peu artificiel, mais c’est une claque pour la France. »

Une dette publique qui pèse de plus en plus lourd

Le déficit français reste supérieur à 5 % du PIB, tandis que la dette publique avoisine 114 %. Une trajectoire qui contraste avec celle de ses voisins. « Ce qui est frappant, c’est la persistance d’un déficit élevé depuis la crise du Covid, quand d’autres pays sont revenus à des niveaux relativement plus soutenables », observe Sylvie Matherat, ancienne dirigeante de la Banque de France et aujourd’hui Global Senior Advisor chez ForvisMazars.

Elle nuance toutefois en estimant que « ce n’est pas la situation de la France qui s’est réellement détériorée, mais plutôt celles de l’Italie et de la Grèce qui ont connu une progression ces dernières années ». Selon elle, le coût croissant de la dette française s’explique par « l’effet volume, car plus la dette est importante plus la charge devient lourde, et l’effet prix, lié aux taux. La France est traditionnellement réputée pour la qualité de sa dette, mais aujourd’hui, c’est le sous-jacent économique qui la pénalise : faible productivité et instabilité politique. »

Une charge d’intérêts qui pèse déjà

En 2025, la charge d’intérêt atteindra 67 milliards d’euros, soit l’équivalent du budget de la défense. « On utilise l’impôt pour rémunérer une minorité d’investisseurs », déplore Jean-Marc Daniel, qui appelle à « un vrai effort de rééquilibrage » des finances publiques. La menace est claire : « Le vrai risque est une augmentation continue du poids de la charge de la dette dans le budget, si les mesures de redressement ne sont pas prises. Cela pourrait ainsi éroder progressivement notre capacité à faire face à un choc économique », alerte Dorothée Rouzet.

Laisser un commentaire

Partages