Le secteur de l’assurance fait face à des mutations profondes en 2025. L’incertitude économique, les bouleversements climatiques, l’essor des cyberattaques et l’impact des nouvelles technologies redessinent les contours des risques à couvrir. France Assureurs, à travers une étude regroupant 232 experts issus de 38 compagnies couvrant 91 % du marché français, met en lumière l’accélération de ces menaces et la nécessité pour les assureurs d’adapter leurs stratégies.
Les cyberattaques et le dérèglement climatique sont les deux principaux périls identifiés, chacun affichant un score moyen de 4,1 sur 5. Cette intensification des risques pousse les compagnies à revoir leurs modèles de tarification et de couverture, sous peine de se retrouver face à des événements ingérables financièrement.
Des menaces en mutation rapide pour les assurances
Cyberattaques : une sophistication accrue
Les attaques informatiques figurent en tête des préoccupations. Leur sophistication croissante, notamment via les rançongiciels et les attaques par déni de service (DDoS), met en péril les infrastructures critiques et les entreprises. Les secteurs de la santé, les administrations publiques et les services financiers sont particulièrement ciblés.
Les pertes économiques liées aux cyberattaques augmentent considérablement, obligeant les assureurs à revoir leurs exigences en cybersécurité et à ajuster leurs contrats. La difficulté réside dans l’évaluation précise du risque : comment couvrir des attaques qui évoluent aussi vite que les moyens de protection ?
Dérèglement climatique : une pression sur les modèles assurantiels
Les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient et deviennent plus intenses. En 2024, les inondations en Europe ont généré 10 milliards de dollars de pertes assurantielles, et le coût global des catastrophes naturelles s’est élevé à 310 milliards de dollars, un chiffre 38 % supérieur à la moyenne des dix dernières années.
Les assureurs sont confrontés à un dilemme : comment maintenir des primes abordables tout en absorbant des pertes records ? Certaines zones, jugées trop risquées, pourraient voir les assureurs se retirer, laissant les particuliers et les entreprises sans couverture viable.
Une instabilité économique et sociale préoccupante
Volatilité économique et incertitudes politiques
L’environnement économique reste une source d’inquiétude avec un score de 3,8 sur 5. Si l’inflation ralentit, la volatilité des marchés financiers et les tensions commerciales persistent. La dissolution de l’Assemblée nationale en France en juin 2024 et le retour du protectionnisme aux États-Unis compliquent davantage la donne. Ces facteurs influencent directement le secteur de l’assurance, notamment via la fluctuation des taux d’intérêt et les risques liés aux investissements des compagnies.
Tensions sociales en hausse
La montée des inégalités et les contestations sociales ont un impact direct sur certains segments assurantiels, notamment la prévoyance et la santé. Les experts constatent une augmentation de la fréquence et de la gravité des sinistres liés à la précarité. Les mouvements sociaux, en forte progression, rappellent les tensions de 2018-2019, avec une recrudescence des manifestations et des conflits sectoriels.
L’intelligence artificielle : opportunité ou menace ?
L’essor de l’intelligence artificielle (IA) modifie en profondeur la gestion des risques. Classée parmi les dix principales menaces avec un score de 3,2 sur 5, elle suscite autant d’espoirs que d’inquiétudes.
Les assureurs doivent faire face à de nouveaux défis :
– Erreurs algorithmiques pouvant entraîner des décisions de couverture biaisées
– Fraudes assistées par IA, rendant la détection plus complexe
– Cyberattaques amplifiées par l’IA, augmentant la difficulté d’anticipation
Cette montée en puissance soulève des questions de régulation et d’éthique, obligeant les compagnies à renforcer leurs mécanismes de contrôle.
Vers une inassurabilité croissante ?
Un phénomène inquiétant se dessine : l’inassurabilité. Certaines zones et certains secteurs deviennent trop coûteux à couvrir, incitant les assureurs à se retirer progressivement. Ce problème, évalué à 2,9 sur 5, concerne particulièrement :
– Les régions à forte exposition aux catastrophes naturelles
– Les industries à haute volatilité économique
Face à cette réalité, les experts appellent à une réforme des modèles de couverture et à une collaboration public-privé pour garantir un accès durable à l’assurance. L’année 2025 marque ainsi un tournant où les risques s’intensifient et s’interconnectent, obligeant les assureurs à repenser leur approche pour éviter un effondrement de leur rôle de stabilisateur économique.