La démission du Premier ministre Sébastien Lecornu, survenue lundi 6 octobre, plonge de nouveau la France dans une impasse concernant le budget 2026. À moins de trois mois de la fin de l’année, le pays se retrouve sans gouvernement en mesure de défendre la loi de finances devant le Parlement.
Cette situation rend probable le recours à une loi spéciale, comme cela avait été le cas lors des précédentes crises institutionnelles. L’absence d’un exécutif stable empêche la présentation du projet de budget à l’Assemblée nationale et au Sénat dans les délais constitutionnels. Le texte, qui devait être examiné à partir du 8 octobre, n’a pas pu être déposé en raison de la démission du gouvernement. En conséquence, la procédure budgétaire ordinaire est suspendue, créant une incertitude sur le financement de l’État pour le début de l’année prochaine.
Un vide institutionnel qui bloque le budget 2026
Le départ de Sébastien Lecornu intervient dans un contexte politique déjà tendu. Nommé Premier ministre le 9 septembre, il avait amorcé la préparation du budget 2026 avec son ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire. L’objectif affiché était de stabiliser la trajectoire des dépenses publiques et de poursuivre la réduction du déficit. La démission du chef du gouvernement met un terme à ces travaux, laissant les services ministériels sans validation politique.
Selon le ministère de l’Économie et des Finances, le projet de loi de finances devait contenir plusieurs mesures de redressement, notamment des ajustements fiscaux et des économies ciblées dans les dépenses de fonctionnement de l’État. Faute de gouvernement, ces propositions ne peuvent plus être soumises au Parlement.
Dans ce contexte, l’article 47 de la Constitution pourrait s’appliquer. Celui-ci prévoit qu’en cas de non-adoption du budget avant le 31 décembre, le gouvernement peut faire exécuter par ordonnance un projet de loi reprenant les crédits nécessaires au fonctionnement de l’État. Ce mécanisme, déjà utilisé par le passé, est souvent perçu comme une solution de dernier recours.
Le recours à une loi spéciale prolongerait la période d’incertitude économique
Les experts en finances publiques soulignent que le recours à une loi spéciale prolongerait la période d’incertitude économique et pourrait fragiliser la crédibilité budgétaire du pays auprès des investisseurs internationaux. Certains observateurs rappellent également que la France fait déjà face à une dégradation de ses perspectives financières en raison de la dette élevée et de la hausse des taux d’emprunt.
Bruno Le Maire, dont le retour au sein du gouvernement Lecornu avait suscité des réactions contrastées, a assuré que les services de Bercy « poursuivent la préparation technique du budget afin d’assurer la continuité de l’État ». Néanmoins, aucune décision politique ne peut être prise tant qu’un nouveau Premier ministre n’aura pas été nommé.
La démission de Sébastien Lecornu, moins d’un mois après sa nomination, ouvre ainsi une période d’incertitude institutionnelle inédite. Sans gouvernement et sans budget adopté, la France risque d’aborder l’année 2026 sous un régime d’exception financière, dans l’attente d’un nouvel exécutif capable de rétablir le fonctionnement normal des institutions.








