Au quatrième trimestre de l’année 2025, la France a enregistré une balance commerciale des biens et services positive, ce qui constitue un retournement inattendu pour l’économie française. Selon les données de l’Insee, les exportations françaises ont atteint 254,67 milliards d’euros, tandis que les importations ont totalisé 249,53 milliards d’euros, générant un excédent de plus de 5 milliards d’euros, soit 0,7 % du PIB.
Cette performance marque un contraste net avec les années précédentes, où la France avait régulièrement enregistré un déficit commercial dans ce domaine. Cette amélioration est d’autant plus significative qu’elle survient après plusieurs années de déséquilibre commercial. Le dernier excédent remontait au deuxième trimestre 2016, et il faut remonter à 2005 pour trouver un excédent d’une ampleur similaire.
L’économiste Anthony Morlet-Lavidalie, de Rexecode, explique que cette performance est d’un « jamais vu en 20 ans », et salue une amélioration notable de la situation commerciale de la France. Selon lui, cette reprise ne provient pas du secteur des services, traditionnellement un atout pour la France, mais du secteur des biens, où la balance commerciale avait connu une tendance déficitaire.
Les moteurs de l’excédent commerciale : aéronautique et énergie
La hausse des exportations françaises a été portée par plusieurs secteurs clés. L’aéronautique, avec Airbus en tête, a largement contribué à l’excédent. Airbus a réussi à atteindre son objectif de livraison d’avions, malgré des ajustements dans ses objectifs précédents. Cette réussite a permis d’augmenter les exportations de matériels de transport de 5,4 % par rapport au trimestre précédent, une progression marquée après une hausse de 14,3 % dans le trimestre précédent.
Une autre contribution importante à cet excédent provient des exportations d’électricité, notamment grâce au nucléaire. En 2025, la France a atteint un record dans ses exportations d’électricité, un secteur qui continue de jouer un rôle fondamental dans l’économie nationale, notamment en raison de la demande croissante des pays voisins.
En parallèle, la baisse des prix du pétrole a eu un impact positif sur la balance commerciale. Les importations totales ont diminué de 1,7 % au quatrième trimestre, tandis que les produits pétroliers ont vu leurs importations chuter de 11,1 %. Ce phénomène a permis à la France de réduire sa facture énergétique, allégeant ainsi son déficit commercial. De plus, la baisse de la demande intérieure a conduit à une réduction des importations de produits manufacturés, ce qui a également favorisé cette amélioration de la balance commerciale.
Des perspectives positives mais une prudence nécessaire
Malgré cet excédent au quatrième trimestre, la balance commerciale de la France pour l’ensemble de l’année 2025 reste déficitaire, avec un déficit de 0,4 % du PIB. Toutefois, ce déficit est nettement inférieur à celui observé entre 2017 et 2019, où il s’élevait à 0,8 % du PIB en moyenne. Cette légère amélioration est en grande partie due à l’essor des exportations de services, notamment dans le secteur du tourisme, et à une stabilisation des exportations de biens.
Pour Anthony Morlet-Lavidalie, l’excédent observé en fin d’année 2025 est le résultat d’un « alignement des planètes », où plusieurs facteurs économiques ont joué en faveur de la France en même temps. Il souligne néanmoins la prudence nécessaire, précisant que les résultats positifs d’un trimestre ne sont pas nécessairement indicatifs d’une tendance durable. Selon lui, l’amélioration de la compétitivité des entreprises françaises pourrait encore se renforcer, notamment grâce à une gestion plus maîtrisée de l’inflation par rapport à d’autres pays européens, ce qui rend les produits français plus compétitifs sur les marchés internationaux. Cependant, il avertit que ces gains de compétitivité pourraient prendre entre cinq et dix ans avant de se traduire pleinement sur les marchés.
Ainsi, bien que l’excédent commercial du quatrième trimestre 2025 soit un signe encourageant, les experts restent prudents et soulignent qu’il est encore trop tôt pour affirmer que la tendance se poursuivra à long terme. Les efforts de diversification des secteurs exportateurs et l’amélioration continue de la compétitivité seront cruciaux pour consolider cette dynamique.








