En 2024, la France s’est hissée au deuxième rang mondial des exportateurs d’armes, derrière les États-Unis, avec 9,6 % du marché. Pourtant, son armée déplore un manque de matériel et des stocks limités. Ce paradoxe s’explique par plusieurs facteurs, allant des choix stratégiques à la gestion des priorités de l’industrie de défense.
La France devance désormais la Russie en termes d’exportations d’armement, une place obtenue grâce à la vente de matériel haut de gamme comme les avions Rafale et les sous-marins. Ces équipements, très coûteux, gonflent la valeur totale des ventes, mais ne reflètent pas forcément une production massive en volume. En comparaison, les États-Unis représentent 43 % du marché, avec une production bien plus diversifiée.
Une industrie d’armement tournée vers l’export
L’exportation d’armes relève principalement du secteur privé, avec des entreprises comme Dassault Aviation, Naval Group ou Thales qui produisent pour des clients étrangers, indique 20 Minutes. Contrairement aux États-Unis, où l’État peut imposer une priorité nationale, la France ne mobilise pas systématiquement ses industriels pour son propre usage. Résultat, la fabrication des équipements dépend avant tout des commandes passées par d’autres pays et non des besoins immédiats de l’armée française.
Malgré ses performances commerciales, la France souffre de stocks limités. Un rapport parlementaire en 2023 alertait sur le fait que les forces françaises ne pourraient tenir que quelques semaines en cas de conflit majeur. Dans l’aviation, un rapport de l’IFRI indiquait que les stocks d’avions de chasse ne suffiraient que pour trois jours d’opérations intensives.
Le gouvernement a réagi en augmentant la production d’obus de 155 mm, utilisés massivement en Ukraine. La cadence est passée de 6 000 par an entre 2012 et 2017 à 100 000 en 2024, mais reste insuffisante face aux 7 000 tirs quotidiens de l’armée ukrainienne. Une part importante du budget militaire français est consacrée à l’arsenal nucléaire.
En 2024, 6,4 milliards d’euros, soit 13 % du budget militaire, étaient affectés à l’entretien et à la modernisation de la dissuasion. Cet investissement, stratégique pour l’indépendance militaire du pays, se fait au détriment de l’armement conventionnel. En comparaison, les forces navales françaises disposent de frégates moins armées que leurs équivalents italiens, faute de financements suffisants.
Un budget des armées en pleine révision
Actuellement fixé à 2,1 % du PIB, le budget de la défense représente 50 milliards d’euros, hors pensions militaires. Le ministre des Armées ambitionne d’atteindre 90 milliards d’euros pour renforcer les capacités de l’armée. Toutefois, cette montée en puissance prendra du temps et nécessitera des arbitrages entre besoins nationaux et engagements à l’export.
Si un conflit majeur impliquait la France, l’État pourrait réquisitionner les capacités de production des industriels, comme l’a fait la Russie. Pour l’instant, la priorité reste à la vente de matériel à l’étranger, laissant l’armée française en quête d’un meilleur équilibre entre exportations et équipements propres.








