« Attaque contre les travailleurs » : ArcelorMittal envisage de nouvelles délocalisations vers l’Inde

ArcelorMittal envisage une nouvelle vague de délocalisations de ses fonctions support vers l’Inde, menaçant potentiellement plus de 1 600 emplois en France et 5 600 en Europe.

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« Attaque frontale contre les travailleurs » : ArcelorMittal envisage de nouvelles délocalisations vers l'Inde - Crédit : Shutterstock | Econostrum.info

Le groupe sidérurgique ArcelorMittal Europe a annoncé, le 29 janvier, l’étude d’un nouveau projet de délocalisation de ses fonctions support vers l’Inde, une initiative qui pourrait avoir un impact considérable sur des milliers d’emplois dans plusieurs pays européens, dont la France.

Ce plan ne concerne pas les métiers de production d’acier, mais bien des postes tertiaires essentiels au fonctionnement de l’entreprise, comme l’informatique, la logistique, la maintenance, les services administratifs et les prestataires associés. Lors d’un conseil d’entreprise européen extraordinaire organisé à distance, la direction a présenté une phase d’analyse visant à élargir la transformation de ces fonctions actuellement dispersées sur de nombreux sites européens, pour les centraliser dans des centres spécialisés.

Selon le comité d’entreprise européen (CEE), ce projet pourrait impacter potentiellement plus de 5 600 salariés dans 20 pays européens, dont 1 650 en France. Toutefois, comme l’a rappelé Jean-Luc Ruffin, « il n’y aura pas obligatoirement 1 650 suppressions d’emplois en France ». Ce chiffre correspond au périmètre étudié, mais toutes les positions pourraient ne pas être effectivement supprimées si des reclassements ou d’autres solutions sont trouvés.

Ce scénario n’est pas totalement inédit : une première vague de délocalisations avait été lancée au printemps précédent, portant sur un périmètre d’un peu plus de 4 000 emplois, et elle avait déjà entraîné environ 1 400 suppressions de postes effectivement délocalisés vers des centres en dehors d’Europe.

Pour la direction du groupe, l’objectif est de « optimiser et standardiser les activités actuellement dispersées sur de nombreux sites en Europe », en créant notamment un centre de services partagés en Inde et en élargissant un centre d’excellence en Pologne, ce qui permettrait, selon elle, de renforcer la compétitivité du groupe face à la concurrence mondiale. ArcelorMittal a même indiqué que près de 900 salariés avaient déjà été embauchés en Inde pour occuper ces fonctions, ce qui illustre la volonté d’accélérer ce type de transformation.

« Nouvelle attaque frontale contre les travailleurs européens »

Cette perspective de délocalisation massive suscite de fortes réactions du côté des représentants des salariés et des syndicats. Le Comité d’entreprise européen a qualifié cette initiative de « nouvelle attaque frontale contre les travailleurs européens, sans bilan, sans évaluation et sans considération pour les conséquences humaines, sociales et industrielles », dénonçant une décision qui serait prise « sans considération pour les conséquences humaines, sociales et industrielles ».

Les syndicats estiment qu’une telle décision doit être précédée d’une évaluation complète des impacts sociaux et économiques des mesures déjà engagées avant d’envisager une extension du plan. En Belgique, par exemple, des représentants syndicaux ont averti que jusqu’à 190 emplois pourraient être menacés, illustrant l’inquiétude au‑delà des frontières françaises.

ArcelorMittal a déjà supprimé 608 postes en France   

En France, ArcelorMittal avait déjà mené des suppressions d’emplois l’année précédente, avec la disparition de 608 postes dans le nord du pays, une part liée à des reclassements internes ou à des départs anticipés, mais qui avait déjà fragilisé certaines équipes. Ces mouvements s’inscrivent dans un contexte industriel plus large où la sidérurgie européenne fait face à des défis de compétitivité, de surcapacité mondiale et de pression tarifaire sur les importations d’acier.

Pour les salariés d’ArcelorMittal concernés, l’enjeu est majeur. Il est question de leur avenir professionnel mais aussi de la préservation d’activités industrielles essentielles dans leurs régions. Les discussions entre la direction, les syndicats et éventuellement les autorités publiques devraient être déterminantes dans les semaines à venir pour définir l’ampleur réelle des mesures et leurs conséquences

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