Le commerce du cabas, longtemps considéré comme une activité informelle marginale, fait aujourd’hui l’objet d’une reconnaissance politique inattendue. Lors de la réunion du Conseil des ministres du 18 mai, le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune a ordonné la « régularisation totale et définitive de la situation des jeunes exerçant dans le cadre de la micro-importation individuelle », soulignant leur intégration dans le circuit formel à travers la loi sur l’auto-entrepreneuriat.
Cette annonce marque un tournant majeur dans la gestion de ce commerce transfrontalier longtemps toléré mais rarement encadré. Le chef de l’État a insisté sur la nécessité d’attribuer à ces acteurs le « statut d’agents économiques », leur donnant accès à des droits sociaux et commerciaux. Une commission présidée par le Premier ministre devra « définir les mécanismes d’activité de ces jeunes » et déterminer « la liste des produits que ces jeunes seront autorisés à importer ». L’objectif affiché est de préserver leur activité tout en assurant une conformité avec les lois en vigueur.
Le commerce du cabas est un phénomène social et économique enraciné
Le Cercle d’action et de réflexion pour l’entreprise (CARE) a publié une note d’analyse détaillant les dimensions multiples de ce commerce. Pour le think tank, « le commerce du ‘cabas’ en Algérie désigne l’importation informelle de marchandises à travers les bagages des voyageurs », répondant à des besoins locaux non satisfaits. Ce phénomène, aussi appelé trabendo, est décrit comme « une pratique de survie plus qu’un acte de fraude ».
Selon le CARE, ce commerce représente « un flux marchand annuel de 2 à 3 milliards de dollars », touchant potentiellement « quelques centaines de milliers de personnes ». Il s’agit de biens de première nécessité, de produits introuvables localement ou jugés de meilleure qualité. Loin d’être un danger pour l’économie nationale, il « agit comme une soupape pour les ménages modestes », tout en jouant un rôle dans la régulation du marché et dans l’expression de la demande populaire.
La note souligne que cette activité, bien que non structurée, constitue une forme d’ajustement économique. Elle révèle « les usages, les goûts, les carences du marché local » et représente une opportunité d’analyse pour les producteurs. Mais le CARE met aussi en garde contre les risques sanitaires liés à l’absence de traçabilité, notamment en ce qui concerne les produits sensibles comme les médicaments ou les denrées périssables.
Le think tank propose des solutions concrètes : « contrôles aléatoires a posteriori, formation ciblée des micro-opérateurs, normes d’étiquetage simplifiées ». Ces mesures visent à encadrer sans étouffer une activité qui, malgré son caractère informel, joue un rôle structurant dans l’économie de subsistance algérienne.








