Près de deux ans après la publication du règlement encadrant l’ouverture des bureaux de change en Algérie, aucun opérateur ne s’est manifesté pour demander une autorisation. C’est ce qu’a déclaré le ministre des Finances Abdelkrim Bouzred lors d’une séance plénière au Conseil de la Nation, le 19 juin 2025.
Le ministre a tenu à rappeler que « concernant les bureaux de change, la question relève des prérogatives de la Banque d’Algérie, qui a mis en place un cadre réglementaire, mais aucune demande d’autorisation d’ouverture de bureaux de change n’a été enregistrée ». Il a ensuite ajouté : « il n’y a pas de demandes pour une licence d’ouverture d’un bureau de change. Pourquoi ? Il y a beaucoup à dire sur cette question », avant d’insister que « les pouvoirs publics ont fait ce qu’il fallait faire dans ce domaine ».
Ce désintérêt apparent pour un réseau officiel de change trouve une explication dans la puissance du marché noir, particulièrement actif à Alger. Au Square Port Saïd, l’euro s’échange autour de 260 dinars, contre un taux officiel d’environ 150 dinars. Le dollar, lui, se négocie à 230 dinars sur le marché informel, bien au-dessus des 130 dinars affichés officiellement. Ce décalage considérable rend peu attractif le recours aux canaux réglementés, à la fois pour les détenteurs de devises et pour les potentiels investisseurs dans le secteur.
L’ouverture des bureaux de change retardée à chaque fois
L’ouverture des bureaux de change avait pourtant été annoncée à plusieurs reprises, notamment dans le cadre de la réforme de la loi sur la monnaie et le crédit. Lors des réunions de printemps du Fonds Monétaire International et de la Banque mondiale en avril 2024, l’ancien ministre des Finances Laaziz Faid avait affirmé que l’instruction de la Banque d’Algérie était prête, précisant que « les bureaux existent déjà. Il reste à définir le taux ». Il avait alors indiqué que « l’ouverture des bureaux de change attend la signature qui interviendra dans les prochains jours ».
Ces bureaux officiels, censés encadrer les transactions en devises, sont principalement destinés à répondre à des besoins bien précis : allocations touristiques, frais liés aux missions professionnelles, études ou stages à l’étranger. Mais cette limitation des services laisse une large place à l’économie informelle du change, qui reste la principale voie d’accès pour les devises étrangères. En dépit des efforts réglementaires, la réforme tarde donc à produire des effets concrets sur le terrain. Les écarts persistants entre les deux marchés dissuadent les opérateurs économiques d’investir dans un dispositif jugé peu rentable face à la réalité des taux pratiqués hors du système bancaire.








