La France doit agir sur son budget pour rassurer les marchés financiers. Alors que les taux d’emprunt à dix ans approchent les 5 %, Christine Lagarde estime que la solution dépend d’abord des décisions prises à Paris.
La présidente de la Banque centrale européenne (BCE) a adressé un avertissement clair à la France. Mercredi 14 octobre, lors d’un événement organisé par CNN à Bangkok, en marge des réunions annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, Christine Lagarde a appelé les autorités françaises à reprendre la main sur leurs finances publiques. L’enjeu est de convaincre les investisseurs que le pays peut maîtriser son déficit et stabiliser sa dette.
« En ce qui concerne la France, la solution se trouve d’abord et fondamentalement en France, au niveau de la politique budgétaire », a-t-elle déclaré. La dirigeante de la BCE a également souligné que les tensions sur les marchés obligataires touchaient plusieurs régions du monde, mais que certains pays étaient davantage exposés. « Cela dit, certaines circonstances particulières font que certains pays sont plus durement touchés — la France en est un exemple frappant », a-t-elle insisté.
Des taux d’emprunt proches de 5 %, un niveau inédit depuis 2002
Les marchés financiers réclament davantage de visibilité sur la trajectoire budgétaire française. Le taux auquel l’État emprunte sur dix ans frôle les 5 %, un niveau qui n’avait plus été observé depuis 2002. Mercredi, l’écart entre les rendements des obligations françaises et allemandes de même échéance atteignait environ 1,37 point de pourcentage, soit 137 points de base. Cette différence traduit notamment la prime de risque supplémentaire demandée aux investisseurs pour détenir de la dette française plutôt qu’allemande.
Cette hausse s’inscrit dans un mouvement international de remontée des coûts d’emprunt, alimenté par les besoins de financement des États et des entreprises ainsi que par les anticipations d’inflation. Mais la situation politique française accentue les inquiétudes. L’absence de majorité parlementaire et l’approche de l’élection présidentielle de 2027 compliquent l’adoption des mesures nécessaires au redressement des comptes publics.
Le projet de budget pour 2027 prévoit de ramener le déficit public à 5 % du produit intérieur brut (PIB), contre 5,4 % attendus en 2026. Le gouvernement a présenté un effort global de 54 milliards d’euros, dont 43 milliards de mesures nouvelles et 11 milliards déjà engagés. L’adoption du texte reste toutefois incertaine, alors que son examen a débuté à l’Assemblée nationale le 13 octobre.
Pour les particuliers, la hausse des taux obligataires ne signifie pas une augmentation automatique de toutes les mensualités de crédit. Elle renchérit cependant le financement de l’État et peut peser, à terme, sur les conditions de financement des entreprises, des banques et des ménages.
Le FMI et la Banque de France réclament des décisions rapides
Christine Lagarde n’est pas la seule à appeler Paris à agir. Le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a lui aussi exhorté l’exécutif et les parlementaires à « prendre leurs responsabilités ». Il a rappelé que la Constitution prévoit plusieurs moyens permettant de faire adopter un budget même sans majorité parlementaire, notamment le recours à l’article 49.3 ou aux ordonnances, dans les conditions prévues par les textes.
Le FMI estime également que le rétablissement de la confiance prendra du temps. À Bangkok, sa directrice générale, Kristalina Georgieva, a déclaré : « Il faudra toutefois du temps pour les ramener à des niveaux susceptibles d’inspirer confiance, une entière confiance, tant à la population qu’aux investisseurs ».
Les perspectives économiques renforcent les difficultés françaises. Selon les prévisions publiées par le FMI le 13 octobre, la croissance française devrait atteindre seulement 0,4 % en 2026, après 0,9 % en 2025, avant de remonter à 0,7 % en 2027. Dans la zone euro, la croissance est attendue à 1,1 % en 2026.
La France doit parvenir à réduire son déficit tout en composant avec une activité économique peu dynamique. Pour les institutions financières, l’adoption d’un budget crédible constitue désormais un signal essentiel : elle permettrait de donner davantage de visibilité aux investisseurs et de limiter les tensions sur le coût de la dette.








