La Terre tourne désormais plus vite, et cette évolution pourrait bientôt obliger le monde à revoir sa façon de mesurer le temps. Pour éviter un bug informatique qui coûterait des centaines de milliards, le fonctionnement des horloges pourrait être revu.
Cette question sera examinée du 13 au 15 octobre 2026 à Versailles, lors de la 28e Conférence générale des poids et mesures (CGPM). Lors de cette réunion, les représentants des États membres du Bureau international des poids et mesures (BIPM) devront notamment se pencher sur l’avenir de la seconde intercalaire. Pour rappel, ce réglage permet de synchroniser le temps officiel avec la rotation de la planète terre.
Une seule seconde peut perturber les ordinateurs du monde
Pour rappel, le temps universel coordonné (UTC) repose sur des horloges atomiques, tandis que l’UT1 est calculé à partir de la rotation réelle de la Terre. Or notre planète ne tourne pas à une vitesse parfaitement régulière. Dans les années 1960, les scientifiques ont donc adopté une définition du temps fondée sur les horloges atomiques. « La physique a surpassé l’astronomie. Dans les années 1960, on a donc basculé d’une définition astronomique du temps à une définition fondée sur les horloges atomiques », explique Frédéric Meynadier, physicien au BIPM, cité par BFM.
Un lien avec la rotation terrestre a malgré tout été conservé. En 1972, la seconde intercalaire a été instaurée afin que l’écart entre UTC et UT1 reste inférieur à 0,9 seconde. Lorsque cette limite risque d’être franchie, une seconde est ajoutée à l’UTC. Le procédé a déjà été utilisé 27 fois, la dernière en 2016. Ces ajustements sont devenus plus délicats avec la multiplication des systèmes informatiques qui doivent gérer une chronologie continue.
En 2012, une seconde intercalaire avait notamment provoqué des dysfonctionnements sur certains systèmes Linux. Ce n’est pas tout, Reddit et Mozilla avaient également été touchés par des bugs, tandis que le système informatique de Qantas avait subi une panne qui avait retardé plusieurs dizaines de vols. Aujourd’hui, le scénario redouté est encore plus inhabituel. Concrètement, une seconde intercalaire négative consisterait à retirer une seconde du temps officiel. La rotation terrestre ayant connu des périodes d’accélération récente, cette hypothèse n’est plus purement théorique.
Le BIPM estime à 30 % d’ici 2035 la probabilité d’avoir besoin d’un tel ajustement. « L’impact d’une seconde intercalaire négative n’a jamais été testé à grande échelle; il pourrait avoir un effet dévastateur sur les logiciels utilisant des minuteries ou des planificateurs », avertit Meta.
Une réforme discutée à Versailles, la Russie contre cette mesure ?
Pour éviter un chao mondial, le BIPM travaille donc sur une modification de la règle actuelle. Concrètement, l’idée est d’accepter un écart beaucoup plus grand entre UTC et UT1, au lieu de corriger régulièrement le temps atomique avec une seconde. Le seuil de 0,9 seconde pourrait ainsi être remplacé par une limite allant jusqu’à 3 600 secondes, ce qui représente une heure. Avec une telle mesure, les particuliers ne seraient pas affectés, aucun réglage sur sa montre ou son téléphone ne serait alors nécessaire.
« Cela veut dire qu’on n’aurait plus de questions à se poser pendant des centaines, voire des milliers d’années », poursuit le chercheur. Le projet s’inscrit dans la continuité d’une décision prise par la CGPM en 2022, qui avait fixé l’objectif d’une modification de la limite avant ou autour de 2035. La réunion de Versailles doit désormais examiner les prochaines étapes de cette évolution.
La Russie reste particulièrement attentive au dossier en raison de Glonass, son système de navigation par satellite. Celui-ci utilise une référence temporelle qui tient compte des secondes intercalaires. Une modification rapide des règles internationales pourrait donc nécessiter des adaptations de ses équipements.








