Dans un contexte de forte progression du surendettement chez les jeunes adultes, les données récentes de la Banque de France confirment une tendance inquiétante, marquée par l’essor des crédits à la consommation rapides et des paiements fractionnés. Le phénomène, désormais bien documenté, touche de plus en plus de moins de 30 ans qui se retrouvent pris dans un enchaînement de dettes difficile à enrayer.
Les chiffres publiés par la Banque de France montrent une hausse marquée du surendettement chez les jeunes en 2025. Les 18-29 ans représentent désormais environ 17 087 dossiers, contre 12 535 en 2024, soit une augmentation de 36 % en un an. Cette catégorie d’âge concentre une part croissante des situations de fragilité financière, avec une exposition plus forte aux crédits à la consommation et aux dettes de faible montant mais cumulatives.
D’après les analyses de l’institution, les jeunes surendettés ont un profil particulier : leur endettement immobilier est très faible et leurs dettes sont majoritairement liées à des crédits à la consommation, souvent contractés pour des dépenses courantes ou des achats fragmentés. Dans près de la moitié des cas, ils ne disposent d’aucune capacité de remboursement suffisante, ce qui les place rapidement dans une situation de blocage financier.

La Banque de France souligne également que le phénomène s’inscrit dans un contexte plus large : en 2025, 148 013 dossiers de surendettement ont été déposés en France, en hausse de près de 10 % sur un an. Le nombre total de personnes fichées au FICP s’élève à environ 476 000, même si ce chiffre reste en baisse sur le long terme. Ces données montrent une amélioration globale depuis dix ans, mais une dégradation récente sur les publics les plus jeunes.
Mini-crédits, paris et spirale de dettes
Le reportage diffusé au 20H de TF1 met en lumière les mécanismes concrets de ce basculement. Anaïs, 25 ans, raconte avoir commencé par un prêt de 3 000 euros avant d’enchaîner plusieurs crédits successifs. Elle témoigne : « C’est une spirale. Parce qu’en fait, comme on ne sait pas gérer son argent, le crédit, on le dépense. Et surtout, on va payer un crédit avec un autre crédit ».
Aujourd’hui, elle doit rembourser 25 000 euros. Elle est inscrite au FICP et contrainte à un plan de remboursement encadré par la Banque de France. Elle explique : « Jusqu’en 2032, je dois payer une soixantaine d’euros par mois. Et après ces sept ans, ils effacent partiellement mes dettes. Donc, en fait, j’aurai remboursé 5.000 euros sur 25.000 euros ».
Les experts interrogés dans le reportage pointent la multiplication des mini-crédits et des paiements fractionnés comme facteur central. Ces dispositifs, faciles d’accès et peu encadrés, favorisent l’accumulation de dettes sans perception immédiate du risque. À cela s’ajoutent les paris sportifs et les comportements impulsifs, qui touchent particulièrement les plus jeunes dont le cerveau est encore en développement, selon plusieurs spécialistes.
Au-delà des chiffres, les conséquences sont lourdes : inscription au fichier bancaire, impossibilité de contracter un nouveau crédit, perte de moyens de paiement classiques et parfois recours à des solutions de redressement sur plusieurs années. Le phénomène, encore minoritaire en volume global, inquiète néanmoins les autorités financières par sa progression rapide chez les 18-25 ans, où la hausse atteint jusqu’à 65 % selon les dernières données disponibles.
Cette dynamique révèle une fragilité nouvelle : celle d’une génération exposée très tôt à des outils financiers accessibles mais risqués, où le crédit devient un usage courant du quotidien jusqu’au basculement dans le surendettement.








