Les observations récentes dans l’océan Pacifique conduisent plusieurs spécialistes à envisager la formation d’un épisode El Niño potentiellement intense au cours de l’année 2026. El Niño correspond à un réchauffement anormal des eaux de surface dans le Pacifique équatorial.
Matthew Cappucci, météorologue principal chez MyRadar, explique : « El Niño commence classiquement par un réchauffement des eaux dans le Pacifique tropical oriental ». Ce phénomène s’inscrit dans un cycle naturel alternant avec La Niña. Jonathan Erdman, météorologue principal pour The Weather Channel, précise que ces épisodes surviennent « tous les 3 à 4 ans depuis 1950 ».
Le terme « super El Niño » est utilisé dans certains médias pour désigner les épisodes les plus intenses. Robert Vautard, directeur de recherche à l’Institut Pierre-Simon Laplace (CNRS/Sorbonne Université), indique : « je ne suis pas certain qu’il y ait une définition officielle de « super El Niño » ». Les climatologues se basent sur l’anomalie de température dans le Pacifique équatorial. Il précise : « Plus de deux degrés d’anomalie dans le Pacifique, c’est très fort ! ». Les épisodes de 1982-83, 1997-98 et 2015-16 ont dépassé ce seuil, avec un pic de +2,7 °C en 1997-98.
Des signaux observés en 2026 et des prévisions encore incertaines
Les modèles climatiques indiquent une probabilité d’épisode El Niño en 2026. Robert Vautard précise : « La dernière prévision du CEPMMT, début avril 2026, donne en fait une grande partie de ces prévisions dépassant 2°C en fin d’année pour la zone équatoriale Pacifique de référence ». Il rappelle que « la prévision par les modèles climatiques devient assez fiable dès le printemps précédent », tout en soulignant la présence d’incertitudes.
D’autres indicateurs sont également suivis. Nathan Hamblin, météorologue et spécialiste des risques météorologiques à long terme chez DTN, indique : « Les conditions actuelles sont quasiment idéales pour créer un événement plus intense ». Paul Pastelok, météorologiste pour AccuWeather, observe une évolution rapide : « Les températures de surface de la mer évoluent tellement rapidement que cet El Niño pourrait débuter en juin et se renforcer rapidement ».
Certains spécialistes appellent à la prudence sur l’intensité finale. Kyle Leahy, météorologiste chez WeatherWorks, déclare : « Il est encore un peu tôt pour être pleinement confiant quant à une intensité aussi élevée ». Il ajoute qu’un épisode fort reste probable sans certitude sur le seuil correspondant au qualificatif « super ».
Des effets climatiques globaux liés à un épisode El Niño
El Niño agit à l’échelle mondiale en influençant les conditions météorologiques. Ryan Truchelut, météorologue en chef chez WeatherTiger, explique que « ces températures de l’eau agissent comme un métronome des conditions météorologiques globales ». Les effets peuvent durer plusieurs mois.
Parmi les conséquences identifiées, Jonathan Erdman indique que les épisodes les plus intenses peuvent réduire le nombre d’ouragans dans l’Atlantique en raison de conditions atmosphériques défavorables à leur formation. D’autres régions peuvent connaître des précipitations plus importantes ou des phénomènes météorologiques marqués.
Sur le plan global, El Niño influence également les températures. Robert Vautard explique que ce phénomène « a pour effet de surélever les températures globales de 0,1 à 0,2 degrés ». Cette hausse s’ajoute au réchauffement d’origine humaine, estimé à 1,36 °C en 2024 selon une étude publiée dans la revue Earth System Science Data par Piers M. Forster, professeur à l’université de Leeds, et ses coauteurs.
Robert Vautard indique : « On peut s’attendre à un réchauffement d’origine humaine atteignant environ, voire dépassant 1,4°C en 2026-2027, et une contribution supplémentaire d’El Niño qui ferait à nouveau dépasser temporairement les 1,5°C sur une année ». Il précise que les effets combinés dépendent de l’intensité réelle de l’épisode en cours de formation. Les projections seront affinées dans les prochains mois, à mesure que les données océaniques et atmosphériques évolueront.









