« Fin des bas salaires » : sur le chemin de la France, le Royaume-Uni prend un virage économique inquiétant

Le Royaume-Uni augmente salaires, impôts et protections sociales, stimule l’investissement mais le chômage progresse et dépasse désormais celui de l’Italie.

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Royaume-Uni
Impôts, chômage, travail : le Royaume-Uni s’inspire désormais de la France. - Crédit : Canva | Econostrum.info

Depuis l’arrivée au pouvoir du Premier ministre britannique Keir Starmer, le Royaume-Uni a engagé plusieurs réformes visant à réduire la part des emplois faiblement rémunérés et à augmenter le niveau de qualification des emplois.

Le gouvernement souhaite orienter l’économie vers une hausse de la productivité et de l’investissement des entreprises. Cette orientation économique a été décrite par l’agence Bloomberg comme une approche se rapprochant du modèle économique français, avec une hausse du coût du travail et un renforcement de la protection des salariés.

Keir Starmer avait déclaré en 2022 vouloir mettre fin à un modèle fondé sur la main-d’œuvre à bas coût. Il avait notamment déclaré vouloir mettre fin à l’idée selon laquelle « le recours à une main-d’oeuvre bon marché est un gage de croissance en Grande-Bretagne ». Il avait également déclaré : « Nous préférons embaucher des personnes pour des emplois précaires, mal rémunérés et parfois même abusifs, plutôt que d’investir dans les nouvelles technologies qui profitent aux travailleurs, à la productivité et à notre pays ». Il estimait que « le modèle britannique des bas salaires devait disparaître ».

Parmi les mesures adoptées par le gouvernement britannique figurent la hausse du salaire minimum, l’augmentation des cotisations patronales et une réforme du droit du travail présentée fin 2024. Cette réforme prévoit notamment l’attribution de droits sociaux aux salariés dès le premier jour de travail, l’interdiction de certains contrats sans nombre d’heures minimum et la modification des règles concernant les indemnités de licenciement. Ces mesures ont entraîné une augmentation du coût du travail pour les entreprises.

Investissement, productivité et évolution du chômage 

Selon Sanjay Raja, économiste en chef de Deutsche Bank UK, « Le coût marginal du travail a considérablement augmenté ». Il ajoute : « Par conséquent, nous constatons un report vers l’investissement ». Les données économiques montrent que l’investissement des entreprises a augmenté de 3,5 % l’année précédente au Royaume-Uni, soit la plus forte progression depuis 2022. La productivité du travail a augmenté de 2 %, un rythme supérieur à celui observé entre 2010 et 2024.

Dans le même temps, le taux de chômage a augmenté. Selon l’Office national des statistiques du Royaume-Uni, il s’est établi à 5,2 % en décembre, soit son niveau le plus élevé depuis cinq ans. Le taux de chômage britannique est désormais supérieur à celui de l’Italie. Le chômage des jeunes âgés de 16 à 24 ans a atteint 16,1 %, contre 14,7 % en moyenne dans l’Union européenne pour les moins de 25 ans.

« Fin des bas salaires » : sur le chemin de la France, le Royaume-Uni prend un virage économique inquiétantPin

Le gouvernement britannique a annoncé le déblocage d’un milliard de livres pour soutenir l’emploi des jeunes, notamment les jeunes sans emploi et sans formation. Cette mesure vise à soutenir l’insertion professionnelle des jeunes dans un contexte de hausse du chômage.

Fiscalité, dette et productivité au Royaume-Uni

L’évolution de l’économie britannique se traduit également par une augmentation des prélèvements obligatoires. Ils représentent environ 35 % du produit intérieur brut et pourraient atteindre 38 % d’ici la fin de la décennie, contre 33 % en 2019. En France, ils représentent environ 43,5 % du produit intérieur brut.

La dette publique britannique a atteint 101,2 % du produit intérieur brut en 2024, contre 113,1 % en France. L’écart entre les deux pays s’est réduit depuis 2008. Le Royaume-Uni présente également un niveau d’investissement inférieur à celui de la France. L’investissement total représente environ 19 % du produit intérieur brut au Royaume-Uni, soit un niveau inférieur à celui observé dans d’autres pays du G7.

Torsten Bell, sous-secrétaire d’État parlementaire aux Retraites au Royaume-Uni, a déclaré : « tout notre retard de productivité par rapport à la France s’explique par un stock de capital plus faible ». Il a également déclaré que les Français « gaspillent cet avantage en prenant leur retraite beaucoup trop tôt ».

Plusieurs représentants d’entreprises britanniques ont exprimé leur opposition à certaines réformes du droit du travail, notamment la suppression du plafond d’indemnisation en cas de licenciement abusif. Selon le Telegraph, un membre de TheCityUK a déclaré : « Nous allons finir par avoir une législation du travail pire que celle de la France, et ça veut vraiment dire quelque chose ». Un autre représentant a déclaré : « En l’état actuel des choses, le système français semble plus favorable aux entreprises que le nôtre ».

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