Livraisons de gaz russe : Poutine menace de tout arrêter « tout de suite »

Vladimir Poutine a laissé entendre que la Russie pourrait interrompre immédiatement ses livraisons de gaz à l’Europe.

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Gaz russe
L'Europe sous tension : Vladimir Poutine évoque d'un arrêt du gaz russe « tout de suite » - Crédit : V. SHARIFULIN / AFP | Econostrum.info

Le président russe, Vladimir Poutine, a suggéré que la Russie pourrait interrompre immédiatement ses livraisons de gaz naturel à l’Union européenne, sans attendre l’application complète des interdictions prévues par Bruxelles, prévues jusqu’en 2027. Selon lui, si l’Europe va de toute façon fermer le marché dans un mois ou deux, ne vaut‑il pas mieux arrêter maintenant et se tourner vers les pays qui sont des partenaires fiables et s’y implanter ? Une proposition qu’il a décrit comme une « réflexion à haute voix » plutôt qu’une décision définitive.

La déclaration intervient dans un contexte de forte baisse des exportations russes vers l’UE, qui ont chuté à des niveaux historiquement bas depuis les années 1970, et à un moment où les prix de l’énergie s’envolent à la suite des tensions au Moyen‑Orient qui perturbent les approvisionnements mondiaux.

Une stratégie énergétique dans un paysage géopolitique fracturé

L’Union européenne a adopté une stratégie pour se sevrer progressivement du gaz russe d’ici à la fin de 2027. Une interdiction des importations de gaz naturel liquéfié (GNL) en janvier 2027, suivie d’un arrêt complet des achats de gaz par gazoduc, y compris via des contrats à court terme, d’ici à l’automne suivant. Cette feuille de route pourrait toutefois être ajustée si l’Union rencontre des difficultés à remplir ses installations de stockage avant l’hiver.

La Russie a déjà vu son rôle sur le marché européen décliner : en 2025, sa part des importations de gaz dans l’UE s’est effondrée à environ 13 % au total, comprenant le gaz par gazoduc et le GNL, contre des niveaux bien plus élevés il y a quelques années. La chute des exportations par gazoduc vers l’Europe, désormais limitées au gazoduc Turkish Stream desservant notamment la Hongrie, la Slovaquie et la Serbie, illustre cette transition.

Face à cette réduction, la Russie met en avant l’existence de « partenaires fiables » en Europe,  comme la Hongrie et la Slovaquie, qui continuent d’acheter de l’énergie russe, et affirme qu’elle pourrait continuer à fournir ces marchés si leurs dirigeants maintiennent cette politique.

Cette prise de position est sur fond de prix du gaz qui ont récemment augmenté de manière significative en Europe, en partie en raison de la crise en Iran, des restrictions maritimes dans le détroit d’Ormuz et des frappes contre des installations de GNL au Qatar. Ces tensions sur les approvisionnements ont donné une impulsion aux marchés où des acheteurs sont prêts à payer des prix élevés pour l’énergie, ce qui, selon Poutine, rend économiquement viable pour la Russie de détourner ses exportations vers des marchés émergents plutôt que de conserver un accès décroissant à l’UE.

La Chine, nouveau marché stratégique pour le gaz russe

Dans ce contexte de réorientation potentielle, la Russie se tourne aussi vers la Chine, un marché d’énergie majeur, avec un accroissement notable des exportations de gaz par le gazoduc Power of Siberia 1 et des livraisons de GNL vers Pékin. La construction d’un second gazoduc, le Power of Siberia 2, afin de renforcer ces flux vers l’Asie reste une perspective importante, mais elle dépend de négociations complexes avec la Chine et d’accords sur les conditions économiques qui restent difficiles.

Cette stratégie reflète une Russie qui cherche à rééquilibrer ses relations énergétiques internationales face à un retrait programmé de l’Europe, tout en naviguant dans un contexte géopolitique où les partenariats énergétiques et les sanctions occidentales redéfinissent les flux mondiaux d’hydrocarbures

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