L’Allemagne a voulu vérifier si travailler 4 jours par semaine était efficace. 70 % des entreprises pensent que oui

Alors que la semaine de 4 jours divise encore en France, l’Allemagne vient de livrer un verdict concret.

Publié le
Lecture : 3 min
Semaine de 4 jours
L'Allemagne a voulu vérifier si travailler quatre jours par semaine était efficace. 70 % des entreprises pensent que oui - Crédit : Canva | Econostrum.info

En France, la semaine de quatre jours revient régulièrement dans le débat public. Plusieurs entreprises l’ont testée ces dernières années, souvent sur la base du volontariat, et certaines collectivités locales ont lancé des expérimentations. Mais à l’échelle nationale, aucune généralisation n’est prévue pour le moment. Le gouvernement reste prudent et privilégie plutôt des aménagements négociés entreprise par entreprise. Dans ce contexte, l’expérience menée en Allemagne est scrutée de près. Car outre-Rhin, un programme pilote structuré a été lancé dès 2024 pour tester concrètement l’efficacité d’une réduction du temps de travail à quatre jours par semaine.

L’expérimentation allemande a impliqué 45 entreprises issues de secteurs variés : industrie manufacturière, assurance, technologies, médias, distribution ou encore éducation. L’objectif était clair : réduire le temps de travail sans réduire le salaire ni la productivité, comme le rapporte Euronews

Le modèle retenu était le principe « 100-80-100 » : 100 % du salaire, 80 % du temps de travail, 100 % de la productivité. Autrement dit, les salariés travaillaient un jour de moins par semaine, mais devaient maintenir le même niveau de performance. Pour garantir un échantillon représentatif, des entreprises de toutes tailles ont participé, allant de micro-structures de moins de 10 salariés à de grandes entreprises de plus de 250 employés. Le suivi scientifique a été assuré par l’Université de Münster en collaboration avec l’organisation 4 Day Week Global.

L'Allemagne a voulu vérifier si travailler 4 jours par semaine était efficace. 70 % des entreprises pensent que ouiPin

Deux ans plus tard, 70 % continuent

Deux ans après le lancement du programme, le constat est frappant : environ 70 % des entreprises participantes ont conservé une forme de réduction du temps de travail. Cela signifie que l’essai n’a pas été un simple effet de mode. Pour une large majorité des entreprises, la semaine de quatre jours, ou une version adaptée, est devenue un mode de fonctionnement durable.

Dès les premiers mois, 73 % des entreprises déclaraient ne pas vouloir revenir à la semaine traditionnelle de cinq jours. Le rapport final confirme que cet enthousiasme initial s’est maintenu dans le temps.

Pas forcément une semaine de 4 jours fixes

Un point important ressort de l’étude : toutes les entreprises n’ont pas adopté strictement une semaine du lundi au jeudi. Environ 22 % ont ajusté le dispositif pour le rendre plus flexible. Certaines ont réduit le temps de travail sur l’année plutôt que par semaine. D’autres ont alterné les semaines de quatre et cinq jours, ou adapté l’organisation selon la charge de travail.

Les chercheurs parlent désormais davantage de « réduction du temps de travail » que de « semaine de quatre jours ». L’enjeu n’est pas seulement le nombre de jours travaillés, mais la réorganisation du travail : moins de réunions inutiles, suppression des tâches superflues, meilleure autonomie des équipes.

Productivité stable, bien-être en hausse

L’un des résultats les plus observés concernait la productivité. Malgré la baisse de 20 % du temps de travail, les bénéfices et la performance des entreprises n’ont pas diminué. Dans certains cas, ils ont même légèrement progressé.

Autrement dit, le travail a été réalisé en moins de temps, sans perte économique majeure.

L’impact le plus net concerne le bien-être des salariés. 90 % des employés interrogés disent avoir constaté une amélioration de leur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Ils se déclarent moins stressés et plus engagés dans leur entreprise.

Par ailleurs, 38 % des entreprises ont observé une baisse des congés maladie et de l’absentéisme, tandis que 56 % n’ont noté aucun changement significatif.

L’étude souligne aussi un avantage stratégique : 87 % des entreprises ont constaté une amélioration de la fidélisation des salariés. Trois quarts d’entre elles estiment même que leur capacité à attirer de nouveaux talents s’est renforcée.

Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre qualifiée en Europe, cet argument pèse lourd.

30 % d’entreprises sont revenues en arrière

Tout n’a pas été un succès. Environ 30 % des entreprises ont finalement abandonné le dispositif ou sont revenues à la semaine classique de cinq jours. Les raisons sont surtout organisationnelles : difficultés à coordonner les équipes avec les clients, pics d’activité compliqués à absorber, structures internes trop rigides.

L’exemple allemand montre que la semaine de quatre jours peut fonctionner, mais qu’elle ne s’adapte pas à toutes les entreprises ni à tous les secteurs.

Pour la France, où le débat reste ouvert, cette expérimentation apporte des données concrètes. Elle montre qu’une réduction du temps de travail n’entraîne pas automatiquement une baisse de productivité et peut même devenir un avantage concurrentiel.

Laisser un commentaire

Partages