SCAF : l’Allemagne veut lâcher la France

Le projet européen d’avion de combat SCAF traverse une nouvelle crise.

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SCAF : l’Allemagne veut lâcher la France sur l’avion du futur - Crédits : Steffen Prößdorf / Wikimedia Commons CC BY-SA 4.0 | Econostrum.info

Le projet de Système de combat aérien du futur (SCAF) traverse une nouvelle zone de turbulence. Ce programme européen stratégique, lancé en 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel puis rejoint par l’Espagne en 2019, vise à développer un avion de combat de nouvelle génération accompagné de drones et d’un « cloud de combat ». Il doit remplacer à l’horizon 2040 les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols. Son coût est estimé à plus de 100 milliards d’euros. 

Mais l’avenir du programme apparaît plus incertain que jamais. Ce18 février, le chancelier allemand, Friedrich Merz, a publiquement exprimé ses réserves. Selon lui, « Les Français ont besoin, dans la prochaine génération d’avions de combat, d’un avion capable de transporter des armes nucléaires et d’opérer à partir d’un porte-avions ». Il précise : « Ce n’est pas ce dont nous avons besoin actuellement dans l’armée allemande ». 

Ces propos confirment que Paris et Berlin sont « en désaccord sur les spécifications et les profils » de l’appareil en développement. Pour le dirigeant allemand, si ces divergences ne sont pas résolues, la poursuite du projet pourrait devenir impossible. L’Allemagne devait initialement décider de son engagement avant la fin 2025, mais la décision a été repoussée à plusieurs reprises. 

Face à cette prise de position, la présidence française a réagi rapidement. L’Élysée rappelle que « les besoins militaires des trois États participants n’ont pas changé, qui incluaient d'emblée la dissuasion française comme les autres missions de l’avion du futur ». Il serait, selon Paris, « incompréhensible que des divergences industrielles ne puissent être surmontées », compte tenu des enjeux stratégiques pour l’Europe. 

L’hypothèse d’un abandon commun du SCAF n’est pas écartée 

Au-delà des divergences militaires, les tensions industrielles compliquent aussi le dossier. Dassault Aviation, maître d’œuvre du programme, réclame davantage de marges de manœuvre dans la conception de l’appareil, ce qui suscite des frictions avec Airbus, qui représente les intérêts allemands et espagnols. Ces désaccords techniques et industriels ralentissent l’avancée du projet. 

Certains experts évoquent désormais la possibilité d’une réorganisation du SCAF, voire d’une séparation entre le développement de l’avion et celui des systèmes numériques de combat. L’hypothèse d’un abandon du chasseur commun n’est plus écartée. 

Dans le même temps, d’autres projets progressent en Europe. L’Italie a validé un financement d’environ 8,8 milliards d’euros pour le Global Combat Air Programme (GCAP), mené avec le Royaume-Uni et le Japon, montrant que des alternatives au SCAF prennent forme.

Malgré ces tensions, la France affirme rester mobilisée pour préserver une ambition européenne forte en matière de défense aérienne. Paris considère que la coopération industrielle et technologique demeure essentielle pour garantir la souveraineté stratégique du continent. 

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