Les réseaux de cartes bancaires dominants, tels que Visa, Mastercard et American Express, exercent une forte influence sur le marché des paiements bancaires, notamment en Europe.
Ces entreprises américaines ont établi un quasi-monopole, notamment en France et dans la zone euro, où elles représentent une large part des transactions par carte. En 2015, elles représentaient plus de 60 % des paiements par carte dans la zone euro. Cette omniprésence suscite des inquiétudes, particulièrement après un incident impliquant Nicolas Guillou, un juge français à la Cour pénale internationale, qui a été placé sous sanctions américaines en 2025. L’administration de Donald Trump a en effet bloqué ses moyens de paiement, mettant en lumière la vulnérabilité des utilisateurs dépendants de ces réseaux mondiaux.
La députée européenne Aurore Lalucq a exprimé ses préoccupations concernant cette situation, soulignant que les données des utilisateurs, lorsqu’ils payent avec des cartes bancaires comme celles de Visa ou Mastercard, sont envoyées aux États-Unis. Elle a également précisé que l’administration américaine pouvait, à tout moment, couper l’accès aux systèmes de paiement, comme elle l’a fait pour Nicolas Guillou. Cette capacité à exercer une pression sur les citoyens étrangers via des sanctions soulève des questions sur la souveraineté des pays européens, d’autant plus que, selon Lalucq, une partie des frais de transactions partent directement vers les États-Unis, ce qui renforce les critiques sur les flux financiers sortants.
Les alternatives nationales : le réseau de cartes bancaires CB et les propositions d’Aurore Lalucq
En réponse à ces préoccupations, la France a créé son propre réseau bancaire, le Groupement des Cartes Bancaires CB (CB), en 1985. Bien que ce réseau ait longtemps dominé le marché français, il a perdu de l’influence ces dernières années, passant de 97 % des transactions en 2017 à environ 70 % en 2025. Cette chute est principalement due à l’essor du commerce en ligne et du tourisme, où les cartes des grands réseaux internationaux restent indispensables.
Aurore Lalucq préconise de renforcer l’utilisation du réseau CB en France. Elle propose d’inciter les banques à adopter le système de « co-badging », qui permet d’apposer à la fois le logo CB et celui de réseaux internationaux tels que Visa ou Mastercard sur une même carte. Ce système permettrait aux consommateurs de privilégier le réseau national pour les paiements effectués en France tout en conservant la flexibilité de l’usage international. Cela offrirait une double sécurité, en préservant les intérêts économiques et les données des utilisateurs en France tout en maintenant une ouverture à l’international.
Lalucq insiste également sur la nécessité de développer un système de paiement européen alternatif, tout en continuant d’utiliser les grands réseaux internationaux. Un tel projet a été lancé en 2020 par un consortium de banques européennes, le European Payment Initiatives (EPI), mais la création d’une carte physique a été abandonnée en 2022, faute d’un soutien suffisant des institutions financières.








