France Travail, l’opérateur public pour l’emploi, a lancé un projet pilote en partenariat avec LinkedIn, destiné à aider les entreprises à recruter. Cette expérimentation permet aux conseillers de repérer des candidats potentiels sur le réseau social professionnel, surtout lorsque les profils des demandeurs d’emploi inscrits à France Travail ne correspondent pas aux besoins des entreprises.
Le projet, qui concerne environ 250 conseillers volontaires dans cinq régions (Hauts-de-France, Normandie, Pays-de-la-Loire, Nouvelle-Aquitaine et Auvergne-Rhône-Alpes), pourrait être étendu à l’ensemble des 6 000 conseillers de France Travail Pro. Le but de ce partenariat est d’élargir les viviers de candidats en ciblant ceux qui sont en statut « Open to Work » (ouvert à travailler) sur LinkedIn.
Il est précisé que cette action ne s’applique que si aucun profil correspondant n’est trouvé parmi les demandeurs d’emploi inscrits à France Travail. En particulier, ce projet a été utilisé pour répondre à des besoins spécifiques, comme ceux du secteur nucléaire, en particulier pour les offres d’emploi de l’EPR2 de Penly, près de Dieppe.
Des inquiétudes parmi les syndicats de France Travail
Ce partenariat suscite toutefois des préoccupations, notamment parmi les syndicats. Catherine Laumont, secrétaire nationale de la Fédération CFDT Protection Sociale Travail-Emploi, exprime la crainte que cette initiative transforme les conseillers en chasseurs de têtes au lieu de se concentrer sur leur mission d’accompagnement des demandeurs d’emploi. Christophe Moreau, élu FSU au CSE central, partage cette inquiétude, soulignant qu’améliorer les conditions de travail et proposer des salaires décents dans les secteurs en tension serait une approche plus efficace pour résoudre les problèmes de recrutement.
Les syndicats mettent également en avant des risques d’utilisation abusive des données personnelles des demandeurs d’emploi, notamment en raison du passé de LinkedIn, qui a été sanctionné pour des pratiques publicitaires non conformes au règlement européen sur les données personnelles (RGPD). De plus, l’utilisation des profils personnels des conseillers, plutôt que des comptes génériques d’agences, pose la question de la confusion entre la sphère professionnelle et privée. Certains craignent également des risques de harcèlement, les conseillers étant en contact direct avec les candidats via LinkedIn.
Des questions sur l’orientation du service public de l’emploi
Une autre source d’inquiétude est le recrutement d’Olivier Sabella, ancien responsable chez LinkedIn, devenu directeur adjoint de France Travail. Pour certains élus syndicaux, cette nomination soulève des interrogations sur l’orientation de France Travail vers un modèle plus privé qu’un service public de l’emploi, avec des opérateurs privés influençant la direction.
En réponse, la direction de France Travail a précisé que seuls les noms et prénoms des conseillers ont été partagés avec LinkedIn, et que l’accord des conseillers était requis. Le ministère assure aussi que l’expérimentation est en cours d’évaluation et que des ajustements pourront être faits selon les retours de terrain et le dialogue social.








