Le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, est à l’origine d’un vaste projet de développement immobilier en Albanie, visant à transformer l’île inhabitée de Sazan en un complexe touristique de luxe estimé à 1,4 milliard d’euros. Située au large de la ville de Vlora, cette petite île méditerranéenne, longtemps fermée au public en raison de son passé militaire, était une base stratégique sous les régimes successifs avant de devenir aujourd’hui un terrain vierge pour l’investissement international.
Le plan de Kushner, porté par sa société Atlantic Incubation Partners LLC et approuvé comme « investissement stratégique » par les autorités albanaises, propose de bâtir des infrastructures hôtelières haut de gamme, des villas de luxe, une marina et d’autres installations touristiques sur environ 45 hectares du territoire.
Le projet suscite un mélange d’espoir économique et d’inquiétudes profondes. D’un côté, ses promoteurs et des responsables albanais, dont le Premier ministre Edi Rama, ont présenté l’investissement comme une opportunité pour renforcer l’attractivité touristique du pays et créer de nouvelles perspectives économiques. La région de Vlora, déjà popularisée pour ses plages et sa côte pittoresque, attire chaque année un nombre croissant de visiteurs et des investissements hôteliers variés. Des rénovations et projets annexes sont en cours, et la visite récente d’Ivanka Trump, épouse de Jared Kushner, a été interprétée comme une marque de soutien politique et symbolique à ces grandes ambitions.
28 pays se dressent contre le projet du gendre de Trump
Cependant, ce plan de transformation n’est pas sans controverse. Une coalition d’une quarantaine d’associations de protection de l’environnement, issues de 28 pays, a récemment adressé une lettre au gouvernement albanais pour demander la suspension immédiate du projet du gendre de Trump. Les groupes y expriment de fortes préoccupations concernant les impacts écologiques que pourrait engendrer la construction sur une zone entourée par le parc national marin de Karaburun‑Sazan. Ils soulignent que les travaux prévus comportent « de graves risques pour la biodiversité et les habitats critiques de la zone », notamment pour plusieurs espèces marines menacées qui vivent dans les eaux autour de l’île.
Les opposants au projet insistent sur les conséquences à long terme pour l’écosystème local. Sazan, bien que dépourvue d’habitants permanents, abrite des habitats naturels essentiels et constitue un refuge pour des espèces rares et vulnérables, dont certaines sont inscrites sur des listes internationales de protection. Selon les associations environnementales, l’intensification de l’activité humaine, l’introduction de nouvelles infrastructures et l’augmentation du trafic maritime pourraient perturber ces écosystèmes déjà fragiles. Ils ont demandé au gouvernement albanais de suspendre toute décision faisant avancer le projet et d’envisager l’intégration complète de la terre de l’île au parc national marin existant.
Les défenseurs du projet, pour leur part, benadrissent souvent le potentiel économique du développement touristique de luxe pour l’Albanie, estimant que ces investissements peuvent générer des emplois, attirer des flux touristiques internationaux et stimuler l’économie locale. La transformation de Sazan, dans cette optique, s’inscrirait dans une stratégie plus vaste de promotion du pays comme destination haut de gamme de la Méditerranée, tout en augmentant les recettes et les opportunités dans le secteur hôtelier et des services.
Mais l’opposition ne se limite pas aux seules préoccupations écologiques. Certains critiques ont soulevé des questions autour de la transparence du processus d’attribution du projet, de l’impact sur les zones protégées et du rapport entre investissements étrangers et politiques publiques, notamment dans un pays qui aspire à renforcer ses liens avec l’Union européenne. Des appels plus larges à réexaminer le rôle des entreprises étrangères dans des zones sensibles ont émergé, reflétant une tension croissante entre intérêts économiques et impératifs de conservation du patrimoine naturel.
À ce stade, le débat autour du plan de Jared Kushner pour Sazan illustre les dilemmes auxquels sont confrontées de nombreuses régions en développement : comment concilier croissance économique, investissements internationaux et protection de l’environnement dans un équilibre viable pour l’avenir








