Alors que les tensions géopolitiques autour du Groenland s’intensifient, le logiciel allemand SAP, largement utilisé par les grandes entreprises mondiales, se retrouve au cœur des discussions sur la souveraineté numérique de l’Europe face aux États-Unis.
Le nom SAP (Systems, Applications and Products in Data Processing) n’évoque rien pour beaucoup de personnes, mais derrière ces trois lettres se cache l’un des logiciels les plus indispensables au fonctionnement de l’économie moderne, rapporte 20 Minutes, il s’agit d’une suite de logiciels de gestion intégrée (ERP) utilisée par des milliers d’entreprises dans le monde pour piloter leurs opérations, de la comptabilité aux ressources humaines, en passant par la logistique et les ventes.
Cette omniprésence en fait, selon ses promoteurs, un élément central de ce que l’on appelle aujourd’hui la souveraineté numérique européenne, un enjeu majeur face aux puissances technologiques mondiales.
Une arme stratégique face à la domination américaine
Alors que les tensions économiques et géopolitiques s’accroissent, notamment autour des ressources et des zones stratégiques comme le Groenland, certains acteurs européens imaginent SAP comme un outil pouvant renforcer l’autonomie numérique du continent.
La logique est simple : si des entreprises américaines ou des gouvernements s’appuyaient massivement sur des technologies non européennes, l’arrêt ou la restriction de l’accès à des logiciels essentiels pourrait avoir des conséquences économiques massives. Dans ce contexte, SAP, largement implanté en Europe et au‑delà, est parfois évoqué comme une sorte de « marqueur de puissance numérique ».
Cette idée de souveraineté prend une forme concrète avec l’expansion de SAP Sovereign Cloud, une offre qui permet aux organisations européennes de déployer les solutions SAP tout en respectant des normes strictes de protection des données et des régulations locales. Ce cloud « souverain » garantit que les données restent sous contrôle européen, ce qui est perçu comme une réponse aux inquiétudes sur la dépendance aux plateformes américaines.
Un investissement massif pour l’avenir numérique
Pour renforcer cette capacité, SAP a engagé un plan d’investissement colossal, de plus de 20 milliards d’euros, dédié à son infrastructure cloud souveraine en Europe. Cette stratégie vise à offrir une alternative aux géants du cloud américain et à encourager les entreprises européennes à garder leurs données et leurs processus numériques dans des environnements conformes aux lois locales. Une telle initiative n’est pas simplement technique : elle répond à une demande croissante de contrôle des données face aux risques de lois extraterritoriales ou de pressions politiques extérieures.
SAP ne développe pas ces solutions seul. L’entreprise coopère avec des acteurs majeurs du cloud comme Amazon Web Services (AWS) pour déployer SAP Sovereign Cloud sur des infrastructures locales dédiées à l’Europe. Cette collaboration permet aux clients de bénéficier à la fois de la puissance du cloud international et de garanties de souveraineté accrues, ce qui peut être particulièrement utile pour des secteurs hautement régulés ou des services publics.
Une application déjà testée : la Russie
Des éléments concrets montrent ce que peut signifier une rupture de services logiciels au niveau international. Après l’invasion de l’Ukraine et en conformité avec les sanctions internationales, SAP a progressivement arrêté sa distribution de services cloud en Russie et fermé ses activités dans le pays.
Certaines entreprises russes, qui continuaient d’utiliser des versions locales du logiciel, se retrouvent aujourd’hui sans mises à jour ni support, ce qui les rend plus vulnérables aux pannes ou aux risques de sécurité. Cette situation illustre l’impact réel qu’une interruption prolongée pourrait avoir pour une économie dépendante d’un logiciel donné.
Les limites de SAP
Si SAP est parfois décrit dans des métaphores géopolitiques comme une « arme numérique », il est important de remettre cela en perspective. Interrompre l’accès à un logiciel qui pilote une partie importante de l’économie mondiale aurait des conséquences lourdes non seulement pour les entreprises cibles, mais aussi pour celles qui utilisent ces systèmes. De plus, SAP héberge et gère ses technologies en collaboration avec plusieurs fournisseurs internationaux, ce qui complique toute coupure unilatérale. L’enjeu n’est donc pas de déclencher une confrontation technologique, mais plutôt de bâtir une infrastructure capable de résister à des influences extérieures tout en soutenant l’innovation








