L’hypothèse d’un conflit entre l’Europe et les États-Unis, autrefois inimaginable, suscite désormais des interrogations parmi plusieurs experts en défense. L’un des points centraux de cette réflexion concerne la dépendance de nombreux pays européens à l’armement américain.
Avions de chasse, systèmes de défense aérienne ou équipements logistiques : une grande partie du matériel militaire européen provient de l’industrie des États-Unis. En 2024, le Danemark célébrait la livraison de quatre nouveaux avions de chasse F-35 américains, symbole de cette coopération militaire transatlantique. Le ministre danois de la Défense, Troels Lund Poulsen, avait alors déclaré : « C’est un grand jour pour la défense et l’armée de l’air danoise. »
Deux ans plus tard, le contexte géopolitique a changé. Ces mêmes appareils ont récemment survolé le Groenland, territoire que Donald Trump souhaite annexer. Cette situation soulève des inquiétudes : en cas de conflit, les États-Unis pourraient-ils neutraliser à distance les appareils livrés à leurs alliés européens ? Le général Patrick Dutartre, ancien pilote de chasse, explique que « les F-35 sont remplis de logiciels. Il suffirait que les Américains cessent de fournir les mises à jour pour que la disponibilité des appareils soit directement affectée ». Ce risque potentiel d’immobilisation illustre la dépendance technique et logistique des pays européens à la technologie militaire américaine.
Une autonomie européenne encore limitée dans le secteur de la défense
Douze pays membres de l’OTAN en Europe ont acquis ou commandé des F-35. La France, qui privilégie son propre avion de combat, le Rafale, n’est pas totalement indépendante pour autant. Elle dépend encore des avions de transport Hercules et des drones Reaper, tous deux produits par des entreprises américaines. Même dans les domaines où des alternatives européennes existent, les choix politiques ou stratégiques privilégient souvent les technologies venues des États-Unis.
Ainsi, malgré la disponibilité du système européen de défense aérienne Mamba, plusieurs pays ont opté pour les batteries américaines Patriot, intégrées dans le bouclier aérien voulu par l’Allemagne. Le général Vincent Desportes, ancien directeur de l’École de guerre, analyse cette situation : « Certains pays européens ont estimé qu’en achetant du matériel américain, ils garantissaient leur protection par les États-Unis. Cette promesse s’est révélée peu fiable. »
Un déséquilibre qui persiste
Les importations d’armement américain en Europe ont augmenté de 52 à 64 % au cours des dernières années, confirmant une dépendance durable. Les efforts pour renforcer l’autonomie militaire européenne n’ont pas encore inversé la tendance. Même le futur porte-avions français, destiné à succéder au Charles-de-Gaulle, intégrera des catapultes américaines pour un montant supérieur à un milliard d’euros.
Cette dépendance structurelle à la technologie américaine pose la question de la capacité de l’Europe à défendre seule son territoire en cas de rupture des relations avec Washington. Les projets européens de coopération en matière d’armement peinent encore à offrir une alternative crédible, maintenant ainsi un déséquilibre stratégique entre les deux continents.








