Ce lundi 19 janvier, la ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a lancé une opération nationale appelée « Talents de France », destinée à mesurer et lutter contre les discriminations à l’emploi. Cette démarche intervient alors que, selon un rapport publié en décembre 2025 par la Défenseure des droits et l’Organisation internationale du travail, un Français sur trois déclare avoir subi une discrimination à l’emploi ces cinq dernières années, les jeunes, les femmes et les minorités étant les plus exposés à ces pratiques.
L’objectif affiché du gouvernement est de comprendre comment des critères comme le genre, l’origine, le handicap, ou même l’adresse de résidence influencent l’accès à un poste. Dans ce contexte, la lutte contre les discriminations à l’embauche est posée comme un enjeu d’égalité des chances, mais aussi de cohésion sociale et d’efficacité du marché du travail.
Selon France Bleu, L’opération Talents de France va d’abord se traduire par une campagne de testing à grande échelle. Cette méthode, utilisée dans plusieurs pays pour objectiver les biais, consiste à envoyer une grande quantité de candidatures « tests » à de vraies offres d’emploi afin de comparer les réponses obtenues selon certains éléments variables dans les CV.
16 000 CV envoyés pour 4 000 offres d'emploi
Dans le cadre de l’opération en cours, 16 000 CV seront envoyés en réponse à 4 000 offres d’emploi couvrant 20 secteurs différents, avec des variations contrôlées de paramètres comme le nom, le prénom ou l’adresse, pour évaluer l’impact de ces facteurs sur les chances de recevoir une réponse des recruteurs.
Ce type de campagne doit produire des données chiffrées et comparables, qui permettront ensuite d’identifier les obstacles structurels ou inconscients au recrutement, et d’orienter des solutions politiques ou réglementaires ciblées. L’utilisation massive de CV tests est considérée comme une étape nécessaire pour objectiver les discriminations, au‑delà des témoignages individuels ou des perceptions subjectives.
Un tour de France participatif et des débats locaux
Parallèlement à cette campagne de testing, Aurore Bergé a entamé un tour de France des régions pour associer les habitants, les acteurs économiques locaux et les associations à la réflexion sur les discriminations à l’emploi. Avant le lancement officiel, elle s’était notamment rendue en Bretagne les jeudi 15 et vendredi 16 janvier, accueillie par la préfecture d’Ille‑et‑Vilaine.
Dans chaque région, un grand débat sera organisé pour recueillir des témoignages de personnes confrontées à des discriminations et des propositions de solutions. En complément, deux groupes de travail nationaux seront lancés : l’un se concentrera sur les quartiers prioritaires de la politique de la ville, l’autre sur la ruralité, deux contextes où les obstacles à l’emploi sont souvent amplifiés par des difficultés sociales ou territoriales.
La ministre a indiqué qu’elle se donne six mois pour construire un projet structuré tiré de ces travaux, visant à proposer des réponses concrètes et opérationnelles, au‑delà des contraintes parlementaires . Les premiers résultats de l’opération Talents de France sont attendus dès juin 2026, ce qui devrait permettre au gouvernement de mieux calibrer ses actions contre les discriminations sur le marché du travail.
À terme, ce dispositif doit aider à faire reculer les pratiques discriminatoires en fournissant une photographie objective du phénomène à l’échelle nationale, pour que l’accès à l’emploi soit davantage fondé sur les compétences et non sur des caractéristiques personnelles ou sociales.








