Les réseaux sociaux occupent une part grandissante dans notre quotidien. Ce phénomène de masse commence à produire des effets économiques mesurables. La France en ressent déjà le coût.
Selon une étude de la Direction générale du Trésor, publiée à l’automne 2025, l’économie de l’attention – qui regroupe les réseaux sociaux, plateformes vidéo, messageries et services publicitaires numériques – représente déjà une perte de 0,6 point de PIB par an pour la France. Ce coût repose principalement sur deux éléments : la détérioration de la santé mentale et la perte de productivité liée au temps passé sur les écrans.
Des applications comme TikTok, Instagram, Snapchat ou YouTube monopolisent l’attention d’une large part de la population, notamment les jeunes. À terme, selon l’auteur de l’étude, la perte annuelle pourrait atteindre entre 2 et 2,9 points de PIB, si aucune mesure n’est prise.
Réseaux sociaux et santé mentale : un lien économique direct
Une part importante de cette perte (0,2 % du PIB) provient des effets négatifs des réseaux sociaux sur la santé mentale. Troubles du sommeil, anxiété, fatigue chronique et baisse de l’humeur sont de plus en plus fréquents. Ces troubles ont un coût sanitaire (soins, suivis médicaux) mais aussi un coût social via l’absentéisme ou les arrêts de travail.
Le temps perdu au travail est également un facteur déterminant : les salariés passent chaque jour entre vingt minutes et deux heures trente à consulter leur smartphone pour des usages non professionnels. Cette perte de productivité est estimée à 0,4 % du PIB, selon les données disponibles.
Une menace durable pour les capacités cognitives des plus jeunes
L’étude souligne également les conséquences à long terme de l’exposition des enfants aux écrans. En 2022, les 11–14 ans passaient en moyenne 1 h 42 par jour sur les réseaux sociaux, les 15–24 ans, 2 h 19. Cette exposition affecte l’attention, la mémoire, le langage et donc, potentiellement, les performances scolaires.
Solal Chardon-Boucaud, auteur du rapport, alerte sur une possible baisse du capital humain si ces usages numériques ne sont pas mieux encadrés. Il évoque un risque de déclassement économique, par perte de compétences à long terme.

Vers un encadrement renforcé au niveau européen et national
Plusieurs mesures sont en cours. Le Digital Services Act (DSA) impose aux grandes plateformes de limiter les risques liés à l’addiction numérique. Depuis juillet 2025, la Commission européenne interdit certaines fonctionnalités jugées addictives pour les mineurs, comme le scroll infini.
En France, le Sénat a adopté un texte interdisant l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 13 ans, et le gouvernement envisage d’étendre cette interdiction aux moins de 15 ans dès la rentrée 2026. Le projet de loi sera débattu au Parlement début 2026.








