Travailler plus : le Sénat adopte un amendement pour 12 heures de plus par an

Le Sénat relance le débat sur le temps de travail avec une proposition controversée d’allongement annuel.

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Travailler plus : le Sénat adopte un amendement pour 12 heures de plus par an. Crédit : Canva | Econostrum.info

Le débat sur le temps de travail s’invite de nouveau dans l’agenda politique. Votée récemment au Sénat, une proposition visant à allonger la durée annuelle de travail relance une question sensible, à la croisée des enjeux budgétaires, sociaux et économiques. 

L’amendement en question a été porté par le sénateur centriste Olivier Henno (UDI). Il a été adopté par 199 voix contre 135, au sein de la chambre haute. Son objectif : augmenter de 12 heures par an le temps de travail légal, soit l’équivalent d’une heure par mois ou 15 minutes par semaine. Le sénateur justifie cette initiative par la nécessité de produire davantage de richesses dans un contexte de déficit public. Selon ses calculs, cette mesure pourrait générer plus de 10 milliards d’euros par an, en productivité additionnelle.

Une proposition sans avenir immédiat

Malgré son adoption au Sénat, cette mesure ne devrait pas être retenue dans la version finale du budget. L’amendement s’inscrit dans un cadre budgétaire tendu, alors même que l’Assemblée nationale et le Sénat sont engagés dans un rapport de force sur le texte de loi de financement de la Sécurité sociale. À ce stade, aucun compromis n’est attendu, et les divergences entre les deux chambres rendent improbable toute inscription de cette disposition dans le texte final.

Le vote de cet amendement s’inscrit surtout dans une volonté politique d’ouvrir un débat sur la durée légale du travail. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a reconnu que « c’est du lourd », tout en considérant que le projet n’était pas adapté au cadre budgétaire actuel. Il a toutefois souligné que la question pourrait être reprise lors de la prochaine conférence sociale sur le travail et les retraites, prévue pour le 5 décembre.

La gauche s’oppose à l’augmentation de la durée du travail

La gauche sénatoriale a vivement dénoncé cette mesure. Le socialiste Simon Uzenat a qualifié l’amendement de « provocation absolue », pointant l’injustice de faire peser ces heures supplémentaires sur des travailleurs déjà soumis à des conditions difficiles. Il s’est indigné que l’on puisse considérer cette charge comme « imperceptible », rappelant que de nombreux métiers pénibles seraient directement concernés, rapporte Le Parisien.

Ce n’est pas la première fois que le Sénat propose d’augmenter le temps de travail des Français. En 2024, il avait voté pour l’ajout d’une journée de solidarité supplémentaire, non rémunérée, destinée à financer l’autonomie. Par ailleurs, des figures politiques comme François Bayrou avaient proposé de supprimer deux jours fériés, une idée elle aussi abandonnée après un tollé.

Une ligne de fracture persistante

La question du temps de travail continue d’illustrer une ligne de fracture profonde entre les différentes sensibilités politiques. Pour ses partisans, augmenter le volume de travail est un levier de compétitivité et une réponse aux déficits publics. Pour ses détracteurs, c’est un signal social négatif, surtout dans un contexte de précarité croissante et de pénibilité accrue dans certains secteurs.

Si l’amendement n’a pas vocation à être appliqué en l’état, il marque une étape de plus dans un débat structurel sur le rapport entre travail, financement des protections sociales et équilibre économique. Un débat que le gouvernement pourrait être amené à structurer davantage lors des discussions sociales de fin d’année.

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