Ce vendredi 24 octobre, l’agence de notation Moody’s doit actualiser sa note sur la dette française, un rendez-vous particulièrement scruté après les récentes dégradations infligées par Fitch et S&P Global Ratings.
Pour l’instant, la France conserve la note Aa3 assortie d’une perspective stable, un niveau légèrement supérieur à celui accordé par les autres grandes agences. Mais cet avantage pourrait bientôt s’effacer si Moody’s décidait, elle aussi, d’abaisser sa notation. L’agence s’était déjà montrée préoccupée au printemps, avertissant qu’un retour en arrière sur certaines réformes clés, comme celle des retraites, pourrait être interprété comme un signal de relâchement budgétaire.
Or, depuis la suspension temporaire de cette réforme dans le cadre des discussions parlementaires sur le budget 2026, les observateurs redoutent que la France n’offre plus les gages de stabilité nécessaires à la confiance des marchés.
Une dette record et un déficit préoccupant
Sur le plan budgétaire, la situation française demeure tendue. La dette publique frôle désormais les 3 500 milliards d’euros, soit près de 118 % du PIB, un ratio parmi les plus élevés d’Europe. Le déficit reste quant à lui hors des clous européens, attendu à 5,4 % du PIB en 2025, selon la trajectoire budgétaire présentée par Bercy.
Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes, a récemment tiré la sonnette d’alarme, évoquant un risque de « problème de soutenabilité » de la dette française. Selon lui, la France se retrouve à emprunter à des taux désormais plus élevés que ceux de l’Espagne, de l’Irlande ou même de la Grèce, des pays pourtant autrefois fragiles.
La Commission des finances de l’Assemblée nationale a, par ailleurs, rejeté une partie des recettes du projet de loi de finances, tout en allégeant la fiscalité d’environ 7 milliards d’euros. Une décision qui oblige le gouvernement à compenser par des coupes dans les dépenses s’il veut maintenir le cap d’un déficit réduit à 4,7 % en 2026.
Une croissance en panne et des marchés méfiants
L’économie française montre peu de signes de redressement. La croissance ne devrait pas dépasser 0,7 % cette année, selon les dernières estimations officielles, tandis que la consommation des ménages reste bridée par un taux d’épargne élevé et par la perte de confiance liée aux incertitudes politiques. L’investissement privé, aussi bien des entreprises que des particuliers, s’est contracté en 2024, accentuant la faiblesse du rebond attendu.
Pour Claudia Panseri, directrice des investissements chez UBS France citée par Le Point, la probabilité d’une dégradation par Moody’s est désormais « élevée ». Selon elle, la suspension de la réforme des retraites et les divisions parlementaires ont envoyé un signal négatif aux marchés, même si ces derniers avaient déjà intégré l’essentiel du risque depuis les baisses de note précédentes.
Au-delà des chiffres, le facteur politique reste central. L’instabilité institutionnelle issue de la dissolution de l’Assemblée pèse lourdement sur la crédibilité budgétaire du pays. Certains économistes estiment que la France se rapproche peu à peu du profil de l’Italie, notée BBB+ par S&P et Fitch, et Baa3 par Moody’s.
Pour éviter un tel scénario, le gouvernement devra rapidement prouver sa capacité à ramener le déficit sous les 5 % et à engager des réformes structurelles crédibles, sans alourdir davantage la pression fiscale. Faute de quoi, la dégradation de Moody’s pourrait n’être qu’un nouvel avertissement avant une série de sanctions plus sévères à venir.








