Budget 2026 : pourquoi les salariés modestes peuvent perdre leurs chèques-vacances et titres-restaurant

Le gouvernement prévoit une contribution patronale de 8 % sur les chèques-vacances et titres-restaurant.

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Tickets restaurant
Tickets restaurant, chèques cadeaux …Pourquoi ces avantages sont-ils si importants pour les salariés français ? Crédit : Canva | Econostrum.info

 Après les taxes sur les superprofits et les allègements revus à la baisse, les chèques-vacances et les titres-restaurant entrent désormais dans le viseur de Bercy. Une contribution patronale de 8 % sur ces avantages financés par les comités sociaux et économiques (CSE) devrait voir le jour. Objectif affiché : faire participer les employeurs à la réduction du déficit budgétaire. Une mesure qui fait déjà grincer les dents dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration.

Mercredi 15 octobre, sur RTL, le ministre de l’Économie Roland Lescure a confirmé la volonté du gouvernement d’instaurer cette nouvelle taxe de 8 % sur les titres-restaurant, chèques-cadeaux et chèques-vacances. Selon les estimations du ministère du Budget, cette contribution pourrait rapporter près d’un milliard d’euros à l’État.

Pour justifier cette décision, le gouvernement rappelle que ces compléments de salaire « bénéficient aujourd’hui de régimes sociaux très avantageux, pouvant aller jusqu’à l’exonération totale de prélèvements ». L’exécutif estime qu’il est nécessaire de « renforcer l’équité contributive entre les salariés, le traitement favorable des compléments de salaire bénéficiant aujourd’hui davantage aux salariés à hauts revenus ».

L’idée n’est pas nouvelle : la Cour des comptes avait déjà recommandé en 2023 d’introduire un prélèvement social sur ces dispositifs, jugeant que leur valeur progressait « à un rythme très supérieur à celui des salaires » (+7,8 % en moyenne par an sur 2018-2023, contre +4,1 % pour les salaires de base).

Mais cette fois, la mesure pourrait avoir un impact direct sur le comportement des entreprises. En rendant ces avantages plus coûteux à financer, le gouvernement prend le risque de voir certaines PME y renoncer, privant ainsi leurs salariés d’un coup de pouce apprécié au quotidien.

« Ce sont les petits hôtels qui vont en faire les frais »

Une inquiétude que partage Catherine Quérard, présidente du Groupement des hôtelleries et restaurations de France (GHR). Sur France Inter, elle déplore : « Ce qui nous inquiète là-dedans, c’est cette forme de reniement perpétuel de l’État à revenir sur des avantages destinés au monde du travail ».

Le GHR, qui regroupe 15 000 établissements et 180 000 salariés, redoute un effet domino dans les territoires. Les chèques-vacances, explique-t-elle, « amènent des clients dans les petits établissements et permettent de garder une dynamique territoriale, y compris en ruralité ». Et d’ajouter : « Le plus grave là-dedans, c’est que ça touche le monde du travail et les salariés ».

Pour la représentante du secteur, ce dispositif « a été mis en place il y a très longtemps pour valoriser le travail et permettre à des familles modestes de partir en vacances ». En y ajoutant une taxe, le gouvernement risque, selon elle, de casser un mécanisme solidaire qui bénéficiait autant aux employés qu’aux petites structures touristiques.

Un équilibre budgétaire au détriment du social ?

Dans le projet de loi de finances 2026, cette contribution de 8 % vise aussi à « aligner » les avantages sociaux sur d’autres compléments de salaire, comme les garanties de prévoyance, afin d’éviter « des phénomènes de substitution aux salaires ».

Mais pour de nombreux acteurs économiques, le signal envoyé est contre-productif. En période de pouvoir d’achat tendu, les chèques-vacances représentaient un lien concret entre emploi et bien-être, sans peser sur la masse salariale directe. Leur taxation, même partielle, pourrait affaiblir un dispositif plébiscité par les salariés comme par les entreprises.

Le débat s’annonce houleux à l’Assemblée nationale, où le texte doit être examiné dès lundi. Entre nécessité budgétaire et soutien au pouvoir d’achat, le gouvernement marche une nouvelle fois sur une ligne de crête.

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