Le 1er septembre 2025, une manifestation conduite par le RPPRAC et son leader, Rodrigue Petitot, a conduit au blocage de la raffinerie SARA. En plus d’une amélioration du pouvoir d’achat, les activistes réclament désormais un changement de statut pour l’île. L’instabilité politique – le gouvernement Bayrou devrait tomber le 8 septembre – renforce ce climat d’incertitude, alors que la population martiniquaise, elle, aspire surtout à la stabilité.
En Martinique, la rentrée du 1er septembre 2025 a connu de fortes perturbations. Dans la nuit du dimanche au lundi, des activistes ont installé sur l’avenue Maurice Bishop des barrages routiers constitués de barrières Vauban et de palettes. Ces barricades, laissées sans surveillance ni signalisation, ont paralysé la circulation des BHNS (Bus à haut niveau de service), provoquant la colère des usagers. L’action n’a pas été revendiquée.
D’autres barrages, formés d’épaves de voitures, bloquaient également l’axe menant à la raffinerie SARA, seule source de carburants pour les départements français d’Amérique. Le ton était donné.
Rentrée sociale : le RPPRAC et « le R » passent à l’action
Deux jours plus tôt, le 30 août 2025, le RPPRAC et son leader Rodrigue Petitot avaient annoncé une journée d’action pour ce 1er septembre. Ce collectif est à l’origine des manifestations contre la vie chère à l’automne 2024, qui avaient dégénéré en émeutes nocturnes, avec des incendies de véhicules et de commerces. Dans une vidéo relayée sur les réseaux sociaux, « le R » – surnom que Rodrigue Petitot s’est forgé en prison – appelait à un changement de statut pour la Martinique, une revendication reprise par le RPPRAC.
Dans la matinée du 1er septembre, pour marquer le premier anniversaire des manifestations de 2024, les militants du RPPRAC se sont rendus aux abords de la SARA, à Californie, au Lamentin. Le secteur pétrolier est désormais dans leur ligne de mire : « la SARA fait partie des profiteurs », a lancé Rodrigue Petitot, s’insurgeant contre le prix des carburants qui « grèvent le budget des ménages ».
Ils ont alors bloqué l’accès à la raffinerie, en se couchant au sol et en déposant de nouvelles épaves de voitures sur la chaussée. Il a fallu l’intervention des gendarmes pour libérer la circulation. Les militants ont résisté, souvent violemment. Un membre des forces de l’ordre a été blessé.
Un changement de statut pour la Martinique, nouveau cheval de bataille des activistes
Le RPPRAC a promis une semaine d’actions pour cette rentrée, afin de diffuser les idées de son Manifeste des Territoires Oubliés, récemment mis en ligne. Ce document présente les principales revendications du mouvement de Rodrigue Petitot. Au-delà des demandes sur le pouvoir d’achat – baisse des prix, hausse des salaires, retraites et minimas sociaux –, le manifeste se distingue surtout par sa remise en cause des institutions républicaines.
Le RPPRAC y appelle ainsi à un référendum sur l’évolution statutaire de l’île, et à la mise en œuvre d’une « démocratie participative », pour gagner en autonomie par rapport à la France. Le mouvement y attaque aussi frontalement le pouvoir judiciaire : il appelle à la « mise en place d’une justice indépendante » – insinuant que celle de la République ne l’est pas. Le RPPRAC demande également « l’arrêt du harcèlement des militants », une référence à peine voilée aux soucis judiciaires des activistes les plus violents, Rodrigue Petitot en tête. Le mouvement semble viser une forme d’immunité pour ses membres.
Dans une tribune publiée le 2 septembre 2025, l’ancien député européen Max Orville conteste cette stratégie. Selon lui, une évolution institutionnelle est « non prioritaire », car les Martiniquais attendent d’abord « des réponses concrètes face à leurs problèmes quotidiens : l’eau, les transports, la vie chère, le chômage, l’éducation, les sargasses ». Max Orville révèle aussi que, d’après un sondage récent, 56 % des Martiniquais sont opposés à tout changement de statut.
Quel cap tenir avec un gouvernement en sursis ?
Cette situation complexe est encore aggravée par l’instabilité politique métropolitaine. Le 8 septembre 2025, le premier ministre François Bayrou sollicitera un vote de confiance à l’Assemblée nationale, qui va probablement faire tomber son gouvernement. Toutes les discussions entamées avec l’exécutif pour trouver des solutions pérennes aux problèmes de la Martinique pourraient s’interrompre, plus encore en cas de nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale.
La loi contre la vie chère, portée par le ministre des Outre-mer Manuel Valls et attendue au Parlement fin septembre, risquerait d’être enterrée. Il en irait de même de la possible réforme de l’octroi de mer, qui devait être discutée durant les débats sur le budget 2026. Cette probable absence d’interlocuteur gouvernemental pourrait précipiter un nouvel embrasement social de l’île. Une telle issue irait à l’encontre de la volonté d’une majorité des Martiniquais, qui souhaitent avant tout des réponses concrètes à leurs préoccupations quotidiennes – prix, salaires, chômage, pauvreté. Pour y parvenir, un dialogue politique serein et une relance économique sont nécessaires, dans un climat plus apaisé. De nouvelles émeutes ne feraient qu’éloigner ces indispensables réformes structurelles.








