Depuis plusieurs semaines, des automobilistes dénoncent des freinages brutaux survenus sans aucune action de leur part. Un phénomène désormais connu sous le nom de « freinages fantômes », que le ministère des Transports prend suffisamment au sérieux pour ouvrir une enquête nationale.
Tout commence en avril 2025 sur l’autoroute A40, dans l’Ain. Joanna, au volant de sa Peugeot 208, circule à vitesse constante lorsqu’elle est brusquement stoppée, sans avoir touché les freins et sans obstacle apparent. Le véhicule qui la suit ne peut éviter la collision. Si les blessures restent légères, les deux voitures sont détruites.
Choquée, elle partage son histoire dans la presse régionale et crée une adresse mail pour recueillir d’autres cas similaires. En un mois, elle reçoit plus de 250 témoignages de conducteurs évoquant des arrêts intempestifs, sans intervention humaine. Certains évoquent des situations potentiellement mortelles, d’autres des accidents avérés, comme celui d’Aurélie, dont la passagère a perdu la vie dans un choc sur l’A7, en décembre 2023.
Des technologies en cause, mais peu de preuves techniques
Les incidents semblent liés aux systèmes de freinage d’urgence automatique, devenus obligatoires sur les véhicules neufs vendus en Europe depuis 2022. Ces dispositifs utilisent radars, capteurs et caméras pour détecter les obstacles et déclencher un freinage si le conducteur ne réagit pas.
Mais plusieurs témoignages décrivent des freinages sans obstacle ni alerte, parfois alors même que le conducteur était en train d’accélérer. Dans les cas recensés, aucune expertise technique n’a permis de détecter un dysfonctionnement clair. Certains véhicules ont été examinés plusieurs fois, sans résultat. Cette absence de preuve complique la reconnaissance juridique de ces incidents.
Une réaction du gouvernement face aux « freinages fantômes »
Face à la multiplication des cas, le ministère des Transports a décidé d’ouvrir une enquête, rapporte BFMTV. Il prévoit d’interroger les constructeurs automobiles et de réaliser des essais techniques pour évaluer le comportement réel de ces systèmes. L’objectif est de déterminer si une défaillance systémique existe, ou si les incidents relèvent de cas isolés, liés à un mauvais calibrage ou à un défaut d’entretien.
En parallèle, des spécialistes soulignent que ces équipements sauvent de nombreuses vies chaque année, en évitant des collisions. Mais ils admettent que des bugs ou erreurs d’interprétation des capteurs peuvent se produire, en particulier sur des routes mal balisées ou en cas de reflets lumineux.
L’affaire soulève des questions plus larges sur la place de l’automatisation dans la conduite. Entre gain de sécurité et perte de contrôle, les systèmes d’aide doivent rester compréhensibles, réglables, et correctement maintenus. En attendant les résultats de l’enquête, certains conducteurs choisissent de désactiver temporairement la fonction de freinage automatique, qui se réactive à chaque démarrage sur la plupart des modèles.








