10 000 hôteliers européens ont décidé d’attaquer Booking.com en justice pour des pratiques tarifaires abusives. Cette action collective, portée par la fondation Hotel Claims Alliance Foundation, vise à dénoncer la domination excessive de la plateforme sur le marché des réservations en ligne et son impact sur les marges des établissements hôteliers.
Booking.com est aujourd’hui omniprésente dans le secteur de la réservation en ligne. En Europe, elle détient plus de 70% des parts de marché, loin devant son concurrent Expedia, qui plafonne à 15%. Cette domination a permis à la plateforme d’imposer ses conditions aux hôteliers, notamment en augmentant régulièrement ses taux de commission. En conséquence, les marges bénéficiaires des établissements ont considérablement diminué, car une partie importante du prix payé par les clients part directement dans les poches de Booking.
Accusations de pratiques restrictives de concurrence contre Booking.com
L’action en justice lancée par les hôteliers fait écho à une décision de la Répression des fraudes, qui avait déjà pointé du doigt les pratiques restrictives de concurrence de la plateforme. En juin 2023, cette dernière avait estimé que Booking.com empêchait les hôteliers de proposer des prix plus bas sur leurs propres sites ou sur d’autres plateformes concurrentes, violant ainsi les règles de la concurrence.
L’enquête avait conduit la Répression des fraudes à ordonner à Booking de se mettre en conformité avec la loi d’ici la fin de l’année 2023. Véronique Siegel, présidente de la branche hôtellerie à l’UMIH (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie), explique sur France Inter : « Une chambre que le client va payer 100 euros, si on retire la commission Booking, l’hôtelier reçoit 75 euros dans le meilleur des cas, avec lesquels il doit payer ses salariés et investir ».
Des commissions gonflées et un manque de flexibilité
Depuis 2015, Booking a modifié ses pratiques en France en supprimant l’obligation de « meilleur prix garanti » sur ses plateformes. Cependant, cette politique continue d’exister dans d’autres pays européens, ce qui a permis à Booking d’augmenter ses commissions de 30%. La fédération européenne de l’hôtellerie dénonce cette situation, car elle réduit considérablement les bénéfices des hôtels, souvent contraints de s’adapter à des conditions qu’ils jugent injustes.
Plus de 30 associations se sont jointes à cette action en justice, donnant une ampleur internationale au recours contre Booking. Ce sont les hôteliers eux-mêmes qui doivent s’inscrire pour participer à cette action, avec une date limite fixée à la fin du mois d’août. Cette mobilisation montre à quel point le mécontentement est généralisé parmi les acteurs du secteur.
Cette action collective des hôteliers européens contre Booking.com pourrait marquer un tournant dans les relations entre plateformes de réservation en ligne et hôteliers. Si la plainte est jugée favorablement, cela pourrait obliger la plateforme à revoir ses pratiques commerciales et redéfinir ses relations contractuelles avec les hôteliers. Reste à savoir si cette action en justice aura un véritable impact sur la façon dont Booking gère ses relations avec les professionnels de l’hôtellerie à l’échelle européenne.








