La réforme des retraites en France continue de diviser. La récente proposition de supprimer l’âge légal de départ pour instaurer un système plus flexible suscite débats et inquiétudes. Un changement radical qui pourrait, selon certains, réconcilier les Français avec le système, mais à quel prix ?
La réforme envisagée par Gabriel Attal propose de supprimer l’âge légal de départ, aujourd’hui fixé à 64 ans, pour instaurer un système plus flexible où la durée de cotisation serait le critère principal. Concrètement, cela signifierait que les Français pourraient partir à la retraite dès qu’ils ont accumulé un nombre suffisant de trimestres de cotisation, mais avec des décotes pour ceux qui choisissent de partir plus tôt et des bonus pour ceux qui attendent plus longtemps.
Cette idée vise à contourner les polémiques autour de l’âge de départ, souvent perçu comme un point de friction majeur dans les réformes successives des retraites. Pour certains, cette flexibilité permettrait de sortir du conflit permanent sur l’âge légal de départ, et de proposer une alternative plus équitable et adaptée aux parcours professionnels variés. Elle est, en effet, défendue par des figures politiques comme Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, qui milite pour un système qui évolue moins en fonction des campagnes présidentielles mais de la réalité des carrières.
Les risques d’un système de retraite à la carte
Si cette réforme apparaît attrayante pour certains, elle suscite également des craintes majeures. Éric Weil, ancien conseiller retraite, avertit qu’un système basé uniquement sur la durée de cotisation pourrait augmenter la pauvreté des retraités. Beaucoup de Français, en particulier ceux ayant commencé à travailler plus tard ou ayant eu des carrières hachées, pourraient être tentés de partir plus tôt, mais avec des pensions réduites. Ils risqueraient ainsi de sous-estimer leur espérance de vie et de se retrouver sans revenus suffisants en vieillissant. De plus, un départ anticipé pourrait alourdir les déficits du système, car cela réduirait les cotisations reçues tout en augmentant la durée pendant laquelle les pensions doivent être versées.
Un autre point soulevé par les économistes, notamment Gilbert Cette, concerne l’impact social d’une telle réforme. La solidarité intergénérationnelle, qui est au cœur du système de retraite par répartition, pourrait être fragilisée par un système à la carte, rapporte Le Figaro. En effet, la disparition de l’âge légal pourrait faire disparaître l’équilibre entre ceux qui ont eu des carrières longues et difficiles et ceux ayant eu des parcours professionnels plus simples. Par ailleurs, cette approche pourrait accentuer les inégalités entre les Français, notamment entre ceux qui peuvent se permettre de partir plus tôt et ceux contraints de travailler plus longtemps en raison de carrières incomplètes ou d’emplois pénibles.
Un système encore insuffisamment réfléchi
D’autres experts, comme Simon-Pierre Sengayrac, professeur à l’université Paris-Dauphine, s’inquiètent du fait qu’un tel système pourrait conduire à une baisse de l’âge moyen de départ, en particulier si un grand nombre de travailleurs choisissent de partir plus tôt. Cela entraînerait probablement une baisse des recettes de cotisations, car une partie de la population partirait avant d’avoir accumulé suffisamment de cotisations pour une retraite complète. Bien que cette réforme puisse sembler juste en théorie, il est probable que ses effets sur le financement du système de retraite seraient négatifs à court et moyen terme.
Le système de retraite français est déjà confronté à un déficit important, avec une prévision de 15 milliards d’euros de déficit annuel d’ici 2035 et environ 30 milliards dix ans plus tard. Bien que le projet de Gabriel Attal propose une solution alternative, il semble que supprimer l’âge légal de départ ne suffira pas à résoudre les problèmes structurels du système, notamment l’augmentation de la durée des retraites et la baisse des cotisations associée à une population vieillissante.
Ainsi, bien que la suppression de l’âge légal de départ apparaisse comme une solution séduisante pour apaiser les tensions sociales autour des réformes des retraites, ses conséquences pourraient être plus complexes qu’il n’y paraît. Un système à la carte pourrait finalement creuser davantage les inégalités et aggraver le déficit de la Sécurité sociale, rendant les réformes futures encore plus nécessaires pour maintenir l’équilibre des comptes publics.








