Le sort des zones à faibles émissions est en suspens. L’Assemblée nationale doit se prononcer sur leur avenir les vendredi 30 et samedi 31 mai, dans un climat politique et social tendu.
Face à la contestation croissante, le gouvernement propose une version restreinte du dispositif. Les ZFE seraient maintenues uniquement à Paris et Lyon, villes particulièrement exposées à la pollution de l’air. Les autres agglomérations auraient la liberté de les conserver ou non, en fonction de leur contexte local. Cette stratégie vise à éviter une remise en cause complète, tout en répondant aux critiques sur l’uniformité de la mesure.
Mais cette révision comporte un risque financier majeur. Selon le ministère de l’Économie, la France pourrait perdre 3,3 milliards d’euros d’aides européennes si elle renonce à ses engagements en matière de qualité de l’air. Le Conseil d’État a déjà sanctionné l’État à hauteur de 40 millions d’euros pour des dépassements de seuils de pollution entre 2020 et 2022.
ZFE : Un dispositif environnemental fragilisé
Depuis janvier 2025, 42 agglomérations de plus de 150 000 habitants ont l’obligation de mettre en place une zone à faibles émissions. Inspiré d’un modèle suédois, ce mécanisme vise à interdire progressivement l’accès aux véhicules les plus anciens, afin de limiter la pollution de l’air, responsable de 40 000 décès annuels selon Santé publique France.
Un amendement adopté en commission spéciale le 26 mars a remis en question ce dispositif. Porté par le député Ian Boucard (LR), il prévoit la suppression des ZFE, jugées inadaptées aux réalités sociales. La mesure est critiquée pour son effet d’exclusion envers les ménages modestes, souvent contraints de conserver des véhicules non conformes.
Une fracture sociale dénoncée
La contestation ne se limite pas aux bancs de l’Assemblée. Le collectif Les Gueux, initié par l’écrivain Alexandre Jardin, dénonce une partition territoriale entre les centres-villes protégés et les périphéries oubliées. Cette opposition est renforcée par l’absence de solutions accessibles pour les populations les plus exposées.
Le débat dépasse les clivages politiques habituels. Si des élus de droite et d’extrême droite soutiennent la suppression des ZFE, certains députés de gauche, tout en critiquant les lacunes du dispositif, dénoncent une reculade de l’État face à l’urgence environnementale.
Le leasing social pour épauler les ménages impactés
Pour accompagner les foyers contraints de changer de véhicule, le gouvernement envisage de relancer le leasing social dès l’automne. Ce mécanisme permettrait à des ménages modestes de louer une voiture électrique pour 100 euros par mois. Selon le projet, 50 000 véhicules seraient financés, dont 5 000 réservés aux habitants des ZFE, pour un budget de 369 millions d’euros. Le texte encadrant ce programme doit être examiné ce mardi par le Conseil supérieur de l’énergie.
Le vote attendu cette semaine à l’Assemblée nationale engage bien plus que le seul avenir des ZFE. Il met en balance l’exigence environnementale, la justice sociale et les équilibres budgétaires européens. Dans un contexte de tensions territoriales et d’inégalités croissantes, cette décision pourrait devenir un symbole fort du positionnement écologique de la majorité.








